Stage Fatma
Fragil.org
Le projet éditorial
- L'association Fragil est une structure d'éducation aux médias, basée à l'une des trois Fabriques de la métropole nantaise, aux Dervallières.
- Le mag, quant à lui, existe depuis une douzaine d'années. Il est à vocation participative, collaborative ; en dehors des salariés, stagiaires et journalistes en résidence à Fragil, les contributeurs, ou collaborateurs externes, sont amenés à faire voir aux lecteurs un autre regard sur l'actualité de leur ville et de ce qui se fait de plus pertinent, et de moins médiatisé.
- Le projet éditorial ; magazine en ligne, documentaires, gazette et affiches- reste dans l'esprit Do It Yourself ("Fais-le toi-même"), faisant appel aux différentes compétences des bénévoles producteurs de contenu, à décliner sur plusieurs supports, notamment numériques et papier.
- Les actions d'éducation aux médias se font auprès de publics jeunes et moins jeunes, d'écoles, de centres de réinsertion professionnelle, de maisons de quartiers... Les nombreuses collaborations avec d'autres ONG nantaises comptent parmi les actions à l'impact le plus large, compte-tenu des interventions souvent sollicitées lors d'événements autour de thèmes socioculturels regroupant plusieurs associations de la ville.
Le projet associatif
Médias, culture, éducation
Le projet de Fragil se situe à la croisée de plusieurs dimensions : les médias, la culture et l’éducation. Avec les moyens du bord, une aventure collective a transformé les projets de départ en réalité. Désormais l’équipe éditoriale du magazine Fragil se compose d’une soixantaine de contributeurs bénévoles chaque année. Le magazine s’est professionnalisé et forme les contributeurs aux pratiques journalistiques, aux usages du numériques et des différentes questions relatives à la scène médiatique d'aujourd'hui.
A atteindre
- Le programme "Les journalistes en résidence" a été élaboré dans l'optique d'apporter une lecture "autre" de la microsociété nantaise, de la politique de la ville, du paysage médiatique et associatif nantais et de l'actualité culturelle de manière générale, avec la résidence d'un journaliste étranger au sein de l'association et de la revue.
- Dans le cadre de la crise intergénerationnelle que traverse, une fois de plus, la société française, propageant une fissure entre les élus, les acteurs associatifs et politiques, les habitants et particulièrement les jeunes, Fragil a entrepris de commémorer les émeutes de novembre 2005, au caractère particulièrement violent, qui avaient touché le pays en entier. Les contributeurs (stagiaires, services civiques, salariés) se partagent donc la tâche de réunir autant de données possibles sur les circonstances, les tensions et le traitement de l'éclatement de la frustration de la jeunesse française cette année-là. La rédaction estimant que la couverture médiatique s'était surtout axée sur le plan nationale sans pour autant s'approfondir au niveau régional et local, le projet d'un webdocumentaire portant sur le sujet a donc vu le jour.
Les contributeurs travaillant sur ce projet essayeront d'aborder les différents aspects des émeutes, l'environnement avant-après, les initiatives des quartiers/banlieues, théâtre des événements les plus violents des émeutes en question. Etant située aux Dervallières, quartier de l'ouest de la ville, réputé pour la diversité de sa population et ayant une histoire tumultueuse avec les politiques de la ville depuis des décennies, Fragil compte soulever les questions que personne n'a plus osé poser depuis une dizaine d'années sur l'avenir et le présent des quartiers.
Missions et travaux
Magazine
Case-Bulle
chronique dessinée hebdomadaire -à paraître sur la revue- dévoilant mon regard sur une actualité ou un sujet que je choisis librement. Généralement j'essaie de soulever des questions peu traitées dans les médias locaux, ou bien de proposer une lecture différente de l'actualité. Mes thèmes de prédilection portent le plus souvent sur la société et des questions sociales ou médiatiques. Le but de cette initiative personnelle est de m'exercer au reportage dessiné en vue de productions plus construites et consistantes.
- J'ai réalisé ma première chronique dessinée à mon retour du Festival International de la Bande Dessinée d'Angoulême, qui s'est déroulé du 28 au 31 janvier 2016. Profitant de mon départ pour le festival, juste avant de commencer mon stage, ma (encore future) chef de rédaction m'a proposé de me faire une accréditation presse pour que je puisse faire un reportage sur un sujet que j'aurais choisi : j'ai naturellement opté de traiter de l'absence d'auteurs femmes dans la sélection officielle du Grand Prix, scandale de l'édition 2016 du FIBD. J'ai ensuite réalisé une bande dessinée "retour sur expérience", créant ainsi la rubrique "case-bulle", et un reportage plus élaboré, dans lequel je me suis entretenue avec des auteurs et des éditeurs de bandes. Le fait que ma tutrice me propose déjà du travail avant d'entamer la résidence m'avait ravie et motivée pour travailler, il était presque question de faire mes preuves, faire bonne impression, dès la première mission. Cela a aussi été une première concrétisation de l'un de mes projets en France, que de faire le FIBD d'Angoulême, même en tant que journaliste, en attendant d'y être conviée comme auteur.
- La rédaction a ensuite voulu orienter la rubrique dessinée vers une série de chroniques de la société française, à travers "mon regard d'étrangère". J'ai décliné la proposition car il est souvent difficile d'apporter sa lecture des choses du quotidien sans tomber dans le comparatif de clichés nationaux, surtout que je m'intéresse plutôt à la société dans un sens plus étudié, plus soutenu. C'est dans cette logique que ma chronique a commencé à explorer l'actualité, nationale ou internationale, peu traitée dans les médias traditionnels nantais et français. J'ai donc construit mon second reportage dessiné à partir d'une actualité qui semblerait anodine en France mais qui a un retentissement extrêmement important en Algérie et au sein des communautés Amazigh de l'Afrique du Nord : le parlement algérien a reconnu, le 6 février, la langue Kabyle comme une langue officielle du pays, secondant l'arabe et le français. Je me suis donc intéressée de près à ce premier pas dans la concrétisation d'un lutte identitaire de près d'un demi siècle, du peuple originel de l'Afrique du Nord. Comme le contexte est très différent en Tunisie, je me suis entretenue avec un ami dessinateur de presse algérien kabyle, luttant entre autre pour cette même cause, et en agrémentant mes informations avec des conseils d'un Sahraoui marocain que j'ai rencontré à Nantes.
- Ma rencontre avec une assistante sociale travaillant avec des réfugiés irakiens de mon âge a donné naissance à ma troisième chronique ; m'étant proposée pour faire office d'interprète bénévole auprès des jeunes réfugiés, ne parlant pas encore français et très moyennement anglais, j'ai décidé de témoigner de mon expérience de traductrice simultanée lors des rendez-vous officiels et des échanges plus informels. Cette démarche volontaire au départ m'a fait prendre connaissance de la situation que vivent d'autres jeunes du monde arabe. Notre langue, patrimoine culturel et valeurs communes nous ont permis d'échanger sur des sujets tels la liberté d'expression, l'immigration, les médias, la politique ou la société, ce que je prévois d'exploiter dans des papiers à venir sur le magazine.
- Depuis début mars, la rédaction de Fragil a dédié plusieurs Unes aux mouvements de contestation de la Loi ElKhomri relative au code du travail. Ma dernière chronique est naturellement complètement d'actualité. Avec les deux services civiques de la rédaction, nous nous sommes répartis la couverture des manifestations du mois de mars à tour de rôle, j'ai choisi de participer, en observatrice, à celle du 31 mars, marquant la première Nuit Debout nantaise. J'ai accompagné des journalistes, des photographes et des syndicalistes et ai tweeté ce qui me paraissait pertinent toute la journée. Je me suis ensuite basée sur mes tweets de la grève pour écrire le scénario de ma première manifestation française, relevant les différences et les similitudes que j'ai pu noter par rapport aux manifestations tunisiennes que j'ai bien connues.
Manifestations culturelles
L'essence de Fragil est la culture et la société. Le magazine jouit donc d'accréditations presse afin de couvrir un événement, mises à disposition des contributeurs bénévoles et de l'équipe de rédaction. Ayant bénéficié de l'accréditation une première fois au FIBD d'Angoulême, je n'ai pas hésité à formuler d'autres demandes d'accréditation pour assister à des manifestations culturelles et les couvrir via le magazine ensuite.
Je ne suis pas très portée sur la couverture traditionnelle des événements culturels, tels les live report écrits agrémentés de photos d'un concert ou d'une interview de(s) l'artiste(s). Pour le magazine, mais également pour découvrir de nouveaux horizons musicaux et tenter de nouvelles formes de reportages musicaux, j'ai tout de même décidé de profiter des accréditations disponibles et ai couvert deux événements différents :
- Le festival des musiques des monde d'Europe Eurofonik que j'avais moi-même décidé d'explorer en solitaire. Réalisant que je ne connaissais pas ou peu les différentes cultures musicales européennes, j'ai saisi l'opportunité qui s'est présentée dans le cadre de ce festival à la découverte d'une mosaïque qui m'était encore inconnue ou presque. Dès le premier concert du festival, j'ai été tentée par un exercice auquel je pensais depuis un moment : le dessin en direct. J'ai ensuite pu utiliser mes croquis réalisés pendant le concert afin d'illustrer mon reportage musical.
- Le festival Assis! Debout! Couché! au Lieu Unique, l'ancienne fabrique de la marque nantaise de biscuits LU, qui s'est déroulé du 25 au 27 mars. L'approche de ce festival est assez particulière, elle mène à concrétiser une recherche sur l'environnement optimal adéquat à chaque type de musique : convenant à de la musique folk-blues et de la pop 60s, la soirée-concept Assis!, le concert Debout! pour danser toute la nuit sur du groove, de la soul électronique et du rock psychédélique, et du dark noise et du space ambient expérimentale mimant à la perfection une sieste musicalement hallucinogène à la soirée Couché!. J'ai opté pour la dernière soirée car le concept m'était inhabituel et, en bonne apprentie journaliste, j'étais extrêmement curieuse à l'idée de tenter l'expérience d'une écoute musicale collective, en salle de concert, tout en reproduisant une activité généralement réservée à des endroits plus intimes. J'ai pensé, une fois mon choix fait, de m'essayer à la production d'une POM, une Petite Oeuvre Multimédia, à l'issu du concert, relatant mon expérience du concept "concert couché". Accompagnée d'un photographe, lui aussi contributeur bénévole, j'ai enregistré des sons avant, pendant et après le concert, relatant mes impressions en direct vis à vis du décor, des lumières, de la musique et de l'ambiance en général. Nous avons ensuite réalisé un diaporama sonore en combinant les photos prises durant le concert et les enregistrements que j'ai effectué le jour même, en veillant à coordonner rythme sonore et visuel. Le résultat est, à mon sens, potable, pour une première production personnelle de ce genre. Je regrette néanmoins ne pas avoir pu utiliser toutes mes ressources sonores, plus nombreuses que les photos que j'avais à ma disposition, dans la réalisation de ma POM. La narration étant le pilier le plus important dans tout travail journalistique, quelque soit le format, j'ai remarqué que ce point-là n'a malheureusement pas été assez marqué dans mon travail, selon un de mes formateurs de l'IRAM et un journaliste de mon cercle d'amis.
Education aux médias
Les interventions
Participer, sinon proposer, aux actions d'éducations aux médias menées en collaboration avec d'autres acteurs associatifs de la région. Ateliers de productions médiatiques, d'initiation aux usages du numérique ou découverte des sous-cultures du web ; les thèmes se suivent et les publics différent d'un projet à l'autre.
- Le chargé de projets médiatiques gère les ateliers d'éducations aux médias ; l'association en organise souvent au sein d'écoles et de lycées, de centres sociaux et de maisons de quartiers. Le projet qui m'a le plus marquée jusque-là, et qui a marqué le début de mon travail avec des enfants, a été la réalisation d'un conte numérique avec des élèves d'écoles primaires des communes d'Ancenis et Teillé, aux alentours de Nantes. En collaboration avec l'association Annexe , qui se spécialise dans la médiation de la lecture et l'écriture, nous avons mené tout au long des mois de janvier, février et mars, chaque semaine, des ateliers de réécriture du conte Alice aux Pays des Merveilles, auprès des élèves de CM2 des écoles Madame de Sévigné à Ancenis et Jacques Demy à Teillé. Encadrés par leurs professeurs et par les intervenants de l'association Annexe, les élèves ont réinventé le conte de Lewis Carroll à leur guise, en imaginant de nouvelles créatures fantastiques, en attribuant des rôles à chacun d'entre eux et en adaptant les décors du conte à leurs endroits préférés de leurs communes. Notre association a intervenu dans la production audiovisuelle illustrant les histoires des élèves, processus durant lequel ils se sont amusés à jouer aux comédiens, aux cadreurs, aux techniciens sons et aux réalisateurs. Nous avons monté l'ensemble des enregistrements vidéos et sonores pour en faire des séquences distinctes. Je me suis chargée personnellement d'illustrer les histoires en créant des profils basés sur les désirs des enfants. Personnages, décors, créatures ; en me basant sur les croquis des élèves et en nous concertant ensemble, chaque semaine, par groupes, j'ai produis les génériques respectifs de chacun des contes. La restitution finale a eu lieu à Ancenis le 29 mars : les élèves des deux écoles ont présenté leur travail aux autres groupes, en la présence de membres du conseil régional de l'enseignement, qui finance le projet.
- Comme cité précédemment, Fragil collabore souvent avec d'autres structures associatives du quartier des Dervallières ou de la ville en général, sur des projets à ampleur variable. Aux Dervallières, le quartier a une résonance importante chez les habitants, anciens et nouveaux. La notion de quartier est très prononcée dès lors que l'on constate les moult structures éducatives qui y résident, la Maison de Quartier aux activités diverses et constantes, le magazine du quartier Couleurs Locales et le Pôle scientifique et sportif avec ses salles dédiées aux activités sportives et sa bibliothèque. Les Dervallières est aussi un quartier à très forte composition d'habitants "issus de la diversité" comme le veut le politiquement correct. Des ouvriers, des travailleurs, des familles ou des étudiants immigrés depuis les trente glorieuses, ayant été regroupés dans des ghettos préconçus et qui ont trouvé refuge dans la solidarité interimmigrés de l'époque. Dans ce contexte, l'association locale Babel 44, qui consacre son activité à l'enseignement de la langue française à de jeunes étrangers, scolarisés en France depuis peu, ou des travailleurs étrangers ne maîtrisant pas la langue, a organisé une activité destinée à des collégiens étrangers, qui a eu lieu durant les vacances de Pâques. Le projet, intitulé "Entre les lignes", a mené à initier les participants aux techniques journalistiques et au jargon médiatique français, en ls faisant retracer les parcours de migration de quelques habitants du quartiers qui se sont portés volontaires pour le projet. En la présence de leur professeur bénévole et avec notre encadrement, les collégiennes ont défini d'abord quelques notions relatives à la migration, fait le récit de leurs propres parcours et débattu des valeurs qui représentaient le plus et le moins leur pays d'adoption. Tour à tour, elles ont ensuite interviewé les habitants venus à la Fabrique rencontrer les reporters en herbe et partager leurs histoires à travers des objets symboliques qu'on leur a demandé d'apporter, des airs de musique et des anecdotes lors de leur première venue en France. J'ai encadré les post-productions des jeunes, qui ont dû illustrer les témoignages recueillis en bandes dessinées/ storyboard chronologiques. J'ai eu donc à faire le montage des extraits d'interviews, organiser les différents éléments des "valises" de chacun des interviewés et réparti le tout sur une image interactive au moyen du programme "Thing link", qui permet de placer des liens de contenu web (vidéo, son, image, texte) sur une image sélectionnée, en plaçant des "tags" sur les éléments de l'image que l'on veut relier. J'ai aussi eu la mission de réaliser les illustrations relatives aux activités d'initiation au champs lexical de la migration et de l'immigration. Le projet en intégralité est consultable sur le Thing link de Fragil et sur le site de Babel44.
- Semaines de l'éducation contre le racisme et toutes les formes de discriminations : projet fédéré par la Fal44 (ligue de l'enseignement de la Loire Atlantique devenue la Fédération des Amicales Laïques), ayant eu lieu durant tout le mois de mars dans la région L.A. Le projet a mené à faire participer le plus possible des associations et des amicales nantaises afin de promouvoir leur travail tout au long de l'année auprès du public, de générer un point de rencontre annuel pour les structures associatives et ainsi favoriser les convergences d'intérêts entre elles. Je me suis proposée, avec une autre stagiaire de Fragil, de représenter l'association en participant à quelques ateliers organisés lors des Semaines à la maison de quartier des Dervallières. J'ai, pour ma part, proposé de faire du recueil de témoignages et de la prise de son durant les ateliers auxquels j'ai assisté, afin de les diffuser lors de la journée "temps forts", dernière restitution du projet. J'ai également réalisé des portraits d'inconnus qui étaient présents aux activités, entre bénévoles, enfants, jeunes et animateurs. Les ateliers organisés par Lire et faire lire à la maison de quartier partent du principe d'impliquer des "lecteurs" bénévoles et un public, de deux générations distinctes : des seniors faisant la lecture à des enfants, assez ou très jeunes, autour de thèmes sélectionnés dans le but de les faire participer et réagir aux histoires. Dans le cadre du projet en question, j'ai pu assister à deux séances de lecture autour de thématiques sur le genre social, les stéréotypes masculins/féminins et les rôles attribués par la société aux personnes selon leur sexe et leur genre. A travers les histoires, les lectrices ont su manier les mots, le ton du récit, en usant de grimaces et de bruitages et en interrompant la lecture pour poser des questions à leur public composé des tous-petits, et de moi-même. C'est en me mettant en situation d'auditrice que j'ai réellement pu constater le fonctionnement du principe de mettre en oeuvre une dynamique intergénérationnelle au moyen de l'un des dispositifs les plus usés : la lecture. La chargée du suivi de l'atelier, stagiaire elle-même avec l'association, a souligné que la réussite des activités repose beaucoup sur le rapport enfant-senior : avec une personne ayant l'âge potentiel d'un parent, l'entente ne sera probablement pas aussi harmonieuse et l'enfant percevra une forme d'autorité parentale à laquelle il résistera. Ensuite et surtout, la structure a été créé dans les années 1980 par et pour des retraités voulant être actifs dans le bénévolat et notamment en faisant la lecture à des enfants.
Le Café Nomade organisé par la Maison des Citoyens du Monde m'a, quant à lui, beaucoup rappelé le World Café que nous étudiants de M1 avions organisé à l'IRAM en octobre. Le principe de fonctionnement était le même : formants des groupes de discussions par table, autour de thèmes donnés à chaque table, nous tirions au sort des sujets en particuliers de chaque thème et discutions de nos expériences respectives, nos visions des choses et ce que nous faisons au quotidien pour améliorer la situation. Etant donné le contexte du Café, les sujets de débat et de conversation étaient axés sur les discriminations, le sexisme, le racisme, le choc culturel, l'homophobie, le capacitisme...) et ce qui pouvait en provenir comme attitudes découlants le plus souvent de l'ignorance et l'incompréhension de ceux qui n'y sont pas sujets. Les témoignages pouvaient être anonymes et, avec les participants à ma table, j'ai pu échanger sur un plan assez large tout en restant dans des thématiques très ciblées qui m'intéressent, vu qu'elles rapportent à la lutte contre les discriminations au quotidien, par des gestes ou des réflexions qui sembleraient anodines mais qui, à mon sens, ont plus d'impact que de larges conférences ou manifestation ne touchant souvent que les personnes qui sont d'office engagées.
- Programmer des LunDIY, ces rendez-vous bi-mensuels auxquels sont conviés les contributeurs de la revue et la "Fragilosphère", nom attribué à la communauté de l'association. Ces rendez-vous se font autour des thèmes des pratiques numériques, des médias alternatifs, de projets éducatifs ou éditoriaux, et prennent place à la Fabrique Dervallières ou ailleurs en ville, dans une atmosphère décontractée et fidèlement DIY. La rédaction a décidé de m'attribuer le premier LunDIY "Carte blanche à.." du module, qui consiste, comme son nom l'indique, à donner carte blanche à un intervenant externe sur un sujet qu'il aura déterminé avec la rédaction. J'ai donc préparé et présenter mon intervention "Dessine-moi la presse !" autour du dessin de presse, vu le contexte dans lequel évolue et est perçu ce genre journalistique aujourd'hui, encore plus placé sous les projecteurs suite aux attentats de Charlie Hebdo l'année dernière. J'ai opté dans mon intervention pour un bref historique du dessin de presse, de la caricature et de la "bande dessinée de presse" ou comic strips en France, en rappel à l'assistance de l'ancienneté de cette discipline et son périple pour mériter le statut qu'elle occupe aujourd'hui en tant qu'emblème de la liberté d'expression et de la presse. Nous sommes ensuite passés à l'analyse de quelques dessins de presse que j'avais sélectionnés en choisissant des oeuvres de dessinateurs au style particulier, variant l'humour et le contexte de chaque dessin. De ce point-là, j'ai tenté de faire découvrir le métier de dessinateur de presse, des responsabilités qu'il a, des enjeux dont il doit être conscient, des différentes casquettes qu'il endosse à l'exercice, afin de pouvoir mieux débattre de la condition de dessinateur à l'ère actuelle, celle du numérique, de l'instantané et de l'obsession par l'image. Cela n'échappe plus à personne ; chaque production, tous genres confondus, chaque information est aujourd'hui décortiquée dans le moindre détail, allant jusqu'à avoir plusieurs lectures et interprétation variant d'une analyse à une autre. Depuis une dizaine d'années, avec le scandale des dessins danois de Mahomet, le dessin de presse est constamment mis en ligne de mire, premier à s'attirer à la fois les foudres et la grâce des ambassadeurs de la liberté d'expression. En m'appuyant sur des exemples de dessins ayant été au coeur des polémiques à travers la planète, j'ai débattu avec les participants à l'atelier de la notion de liberté d'expression appliquée au dessin de presse, d'une éventuelle déontologie très sélective, ou encore de la tendance à s'indigner de tout et de voir de la méchanceté inutile là où il y aurait dû y avoir une lecture plus subtile du message du dessin. J'ai inclus une dernière partie plus ludique, dans laquelle les participants ont dû imaginer un dessin à partir d'une liste d'actualités donnée, afin de leur faire vivre la pression qu'un dessinateur subit face aux attentes du lectorat.
Le fait de pouvoir faire découvrir une partie de mon activité à de parfaits inconnus (c'était au tout début de ma résidence) et à les y intéresser a été un moment des plus satisfaisants de ma résidence jusque-là. L'atelier engendre encore des demandes de collaborations et d'interventions sur le dessin de presse, me faisant appel afin d'intervenir dans des écoles, des amicales ou des structures éducatives en général. La seconde intervention a pris place dans le lycée Nicolas Appert, lorsque j'ai été conviée par le professeur d'histoire d'une classe de seconde pour présenter mon métier à ses élèves dans le cadre de leur cycle "histoire des médias".
Entretien avec Pierre-Adrien, journaliste et responsable des projets médiatiques de Fragil
L'éducation aux médias, parlons-en : qu'est ce qui a poussé Fragil à s'engager dans ce défi ?
Fragil a pour approche de former ses contributeurs aux usages des médias et du numérique. Le constat fait parmi les acteurs éducatifs (professeurs, animateurs, parents) du retard qu'ils ont au niveau des connaissances relatives aux médias, notamment numériques, est à la base de cette initiative, lancée en 2012. Ces derniers se sentent souvent dépassés par le décalage entre eux et leurs élèves qui, de leur coté, savent manier l'outil numérique sans pour autant savoir bien en tirer profit du point de vue informatif. L'équipe de Fragil de l'époque avait pensé ce poste, actuellement le mien, dans l'optique de conjuguer le savoir technologique des "jeunes" et la connaissance de leurs encadrants. A travers les ateliers que nous organisons, nous menons à fusionner les deux parties, qui sont finalement complémentaires. Fragil vient, dans ce contexte, éclairer certains points d'ombre sur les pratiques numériques que les enseignants condamnent sans bien les connaitre.
Le calendrier des ateliers d'éducation aux médias que mène Fragil est très chargé. Comment se fait-il qu'il y ait autant de demande d'interventions à ce sujet ?
(à vérifier doc stats) Chaque année, environ 350 personnes, entre écoles, médiathèques, centres de réinsertion ou maisons de quartier sont touchées par les ateliers d'éducation aux médias. Concrètement, l'association ne fait jamais de démarches ; elle est toujours sollicitée. Typiquement, les projets sur lesquels on est amené à collaborer impliquent l'information et l'usage du numérique, parfois uniquement l'un des deux thèmes. La prise de connaissance de nos actions se fait via des "structures relais", c'est à dire des institutions telles la Ville de Nantes, la Région, le CLEMI (le Centre de Liaison de l'Enseignement et des Médias d'Information), la DRAC, la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion sociale (DRJSCS) auprès des acteurs éducatifs. L'actualité a également joué un rôle majeur dans le sens où l'éveil aux médias s'est fait très récemment et a fortement influencé l'Education Nationale, qui a renforcé les formations relatives aux médias. Il est judicieux de préciser que Fragil fait partie du réseau d'éducation populaire regroupant les Ceméa (Centres d'Entrainement aux Méthodes d'Education Active), la Fal44 et les Francas, ce qui fait que les ressources que nous générons sont en accès libre, nos méthodes d'apprentissages sont en DIY et nos tarifications très abordables voire basses. Ce réseau, très diversifié et très connecté, favorise les collaborations en les associations et les structures d'éducation populaire.
Grâce aux médias participatifs, on constate un intérêt croissant pour la production de l'information. Ces nouveaux usages de l'information et du numérique ne discréditent-ils pas sérieusement la légitimité du métier de journaliste ?
L'outil numérique a fait que chacun est média. Le journaliste a certes besoin du citoyen lambda dans son travail, comme l'a toujours été le cas. Ce sont aujourd'hui ces personnes/sources qui changent de "format", grâce notamment aux pratiques numériques appliquées à l'information. Le métier change radicalement et le statut de journaliste citoyen, encore flou depuis les fanzines des années 70 et jusqu'aux réseaux sociaux, en passant par l'apogée des blogs dans les années 1990 et 2000. En 2016, le citoyen ne se retrouve plus dans les médias traditionnels, qui tentent tant bien que mal de reprendre le contrôle en étant présents sur les réseaux ou en véhiculant des pré-buzz souvent ratés. Ces médias-là reprennent de plus en plus les informations relayées par les citoyens, lors de manifestations ou d'incidents inattendus ou peu traités par la presse... Pour conclure, le journaliste et le journaliste-citoyen devraient être complémentaires, comme cela se fait de manière progressivement démocratique maintenant. En tant que journaliste, je ne devrais pas avoir à me positionner en "alternatif", même en travaillant dans une rédaction associative ; c'est en faisant cela que j'écarte mon travail de ce qui se fait de mainstream, en m'opposant à qui intéresse le citoyen.
Travailler pour un média associatif reste encore une manière alternative d'exercer son métier de journaliste. Qu'est ce qui fait que certains journalistes, dont toi-même, font le choix de se ranger du coté associatif des médias ? Travailler dans un média associatif fait que l'on se sente plus intègre, même si c'est largement moins bien rémunéré qu'un poste dans un média traditionnel. Moi qui ai passé dix ans dans la presse quotidienne et hebdomadaire extrêmement classique, j'ai pu réellement m'éveiller à l'éducation aux média, à travers ce poste de salarié dans une association. Les finances et l'éthique se heurtent souvent, je ne le nie pas, mais mon travail me permet de créer des choses que je n'aurais pas pu et ne pourrai jamais explorer au sein d'un média mainstream. Le fait de devoir gérer des bénévoles diffère sensiblement du travail avec des salariés ; le rapport est moins formel mais également moins hiérarchique. On ne peut pas exiger des sujets de papier des bénévoles, par exemple. Le plus souvent, les contributions portent sur la partie "culture" de Fragil plus qu'autre chose. On essaie de les laisser découvrir l'aspect éducatif par la suite. Le secrétariat de rédac pousse les contributeurs à sortir de leur zone de confort, à explorer des sujets et des formats journalistiques qu'ils n'auraient pas encore tentés. Outre le mag, les bénévoles s'ouvrent aux ateliers et y échangent autour de la culture, des médias et de la société. Ces temps d'échanges se font aux réunions de rédaction et aux LunDIY. D'un autre coté, naturellement, l'associatif a aussi ses limites : le coté participatif pose quelques problématiques dues à des facteurs comme l'impossibilité de la présence constante des contributeurs, puisque ce sont des bénévoles. Malheureusement, ce genre de problèmes sort du contrôle des salariés et du conseil administratif de l'association car un bénévole a bien son travail, sa vie privée et ses propres activités en dehors du temps qu'il consacre à Fragil. Le conseil administratif, composé lui-même de bénévoles, et les subventionneurs ne connaissent pas forcément le travail associatif et ne sont pas en capacité d'être présents au sein de l'équipe, ce qui fait que l'aspect indépendant est exceptionnel et reste particulier à gérer.
A propos des subventions, je m'intéresse au modèle économique de Fragil... C'est assez simple, Fragil vit grâce à un 1/3 de subventions de la ville de Nantes et de la Région, 1/3 de réponses à appels à projets, notamment ceux relatifs à l'éducation aux médias, qui seront financés par la Direction Régionale des Affaires Culturelles (DRAC) ou encore par la Ville, par des bailleurs de fonds divers, et un dernier tiers issu de nos prestations, rémunérées pour la plupart selon les moyens des bénéficiaires. Ce budget se retrouve souvent serré, comme l'activité d'une association n'est a priori pas lucrative. Le magazine, par exemple, a subi les répercussions de cet aspect-là : jusqu'à l'année dernière, Fragil distribuait une version papier de bonne qualité, qu'on avait décliné pendant un moment en gazette. Comme le mag était gratuit, et avec les difficultés financières que l'association rencontre, la version print a du être supprimée pour laisser place à un média 100% numérique. Un format qui a ses avantages et ses contraintes, comme le manque de visibilité par rapport à d'autres médias associatifs nantais.
Le numérique est certes tout de même visible, mais cela ne restreint-il pas la valorisation des projets que mène l'association, sur le long terme ?
Il existe un portail de ressources pédagogiques, sur le site du magazine, dans lequel sont présentés les projets réalisés par Fragil. Je m'explique : il y a certains projets à la clé desquels des sites web ont été crées spécialement et continuent à être actifs. Ces sites-là sont présentés dans une rubrique du site de Fragil : la Fragilosphère, à partir de laquelle on a accès aux projets diffusés précédemment. Il reste, par ailleurs, les "traces" laissées par des productions antérieures, comme des expositions ou des affichages sauvages dans l'espace public (souvent le quartier des Dervallières d'ailleurs), ce qui demeure, à mon sens, la meilleure des valorisations.
Projet de résidence
- Choisir un angle et contribuer sur le webdocumentaire traitant des émeutes de novembre 2005, spécifiquement à Nantes. Ma mission sera de traiter la couverture médiatique de l'époque des événements au niveau local.
- Elaborer un projet de résidence journalistique et le présenter à la communauté de Fragil à la clé de la résidence. Mon projet de stage/de résidence tentera de dresser une cartographie des médias collaboratifs et associatifs de la métropole nantaise ; résider deux jours par semaine au sein d'un média présélectionné et faire le point ensuite des enjeux que courent ces médias, de la situation actuelle et à venir et des attentes du public nantais.
- Rencontrer le plus possibles d'acteurs politiques et associatifs locaux, tisser des liens pour l'association en vue de collaborations potentielles et/ou futures.
Missions personnelles
- Collaborer sur des projets reportant sur l'héritage de la diversité, sur les luttes contre les discriminations sociales, territoriales et économiques, avec des structures locales travaillant sur ce front-là.
- Proposer des collaborations dans des revues dessinées, de tribunes presse, de reportages ou de recueil de parole, de traduction simultanée auprès d'étrangers en voie d'insertion, d'organiser des ateliers caricatures/portraits libre..
- Intervenir dans des conférences sur les thématiques du dessin de presse, de la question de l'identité, de la condition des immigrés/étudiants ou travailleurs étrangers en France, de la représentation féminine dans les médias..
- Participer au plus possible de festivals dédiés au dessin de presse et à la bande dessinée, rencontrer d'autres dessinateurs de France et d'ailleurs.
- Candidater à des écoles de journalisme françaises réputées et à Sciences Po, spécialité journalisme, en vue d'une formation continue en Master et d'une immersion dans la scène médiatique française, au niveau national.
Ce que j'ai acquis
De par son identité, très à gauche jusqu'aux dernières élections régionales, Nantes est une ville qui m'a impressionnée dès les premiers jours suivant mon arrivée. A travers les rencontres que j'ai fais la première semaine de ma résidence, j'ai pu constater l'étendu du paysage associatif et syndicaliste, témoignant de l'esprit de solidarité et d'engagement des nantais. Cela marque aussi mon premier contact concret avec l'univers associatif, en immersion totale, univers que j'ai souvent fréquenté sans pour autant m'engager dans une structure particulière. En observant en interne, j'ai découvert un monde parallèle au quotidien, dans lequel des personnes travaillent, donnent de leur temps pour leur association, s'entraident les uns les autres et militent pour faire du monde un meilleur endroit, à travers les actions qu'ils organisent, les campagnes de sensibilisations, les expositions et les collaborations entre artistes et acteurs éducatifs et associatifs. J'ai également et surtout constaté, à mon plus grand plaisir, qu'il n'y avait pas de barrières pour l'engagement associatif ; ni celle de l'âge, ni de l'expertise, et encore moins du niveau socioprofessionnel : il suffit de se passionner pour sa cause et de travailler dans l'optique de la défendre. Dans cette atmosphère où l'engagement est mot d'ordre et dans laquelle les rencontres engendrent des suites de projets, le facteur humain est tout à fait indispensable. Il n'est pas question de chiffres [de réussite] autant que un melting-pot de personnes ; français, étrangers, jeunes, seniors, enfants, éducateurs, politiques, retraités, chômeurs, qui oeuvrent à une même cadence et avec autant d'ardeur les uns que les autres, chacun à sa manière, dans le but de s'entraider, de se rencontrer, de tisser des liens entre des tranches sociales qui, a priori, ne se fréquenteraient pas et briser cette rupture de plus en plus marquée au sein de la société française.
Du fait de travailler souvent avec des jeunes, voire des enfants et des tous-petits, j'ai pu développer certaines aptitudes communicationnelles dont je ne soupçonnais pas l'existence. J'ai toujours eu du mal à interagir avec des enfants, mais réussir à les intéresser à des sujets "d'adulte", comme les questions de société, de liberté d'expression, d'identité multiple, au moyen des productions médiatiques et des ateliers dessinatoires que l'on organise avec eux a été le plus grand défi que j'ai pu rencontrer dans mon travail. Un enfant est un terrain encore vierge, il n'a pas les a priori du monde compliqué et effrayant des adultes. Aussi, il est souvent plus accessible de discuter de questions parfois sensibles avec des enfants plutôt qu'avec des adultes, car on ne se soucis pas du politiquement correct ou de la sensibilité de l'interlocuteur, on ne se tâte pas avant d'engager la conversation : on lit en un enfant comme dans un livre ouvert. Il y a beaucoup de logique dans leur raisonnement, aussi, qui ne cesse de m'impressionner. La confiance avec laquelle ils avancent leurs déclarations, aussi burlesques soient-elles, ne laissent place qu'à l'appréciation et l'admiration. J'ai aussi constaté que le dessin était l'un des meilleurs moyens de briser la glace, étant bloquée moi-même face à des enfants pour le peu extravertis. Il me suffit, dans un environnement légèrement hostile pour moi, de dégainer discrètement carnet et crayons et entamer un premier portrait qu'une assistance immédiate se forme, à comparer le dessin et le modèle, à commenter mon trait ou suggérer cette modification ou l'autre, et, évidemment, à se disputer le précieux statut de prochain modèle. Le portrait en caricature est un exercice que je m'impose souvent, au quotidien, pour affiner mon trait et m'essayer à de nouvelles techniques de dessin. Cela est une partie indispensable de toute participation dans des festivals de dessin de presse et de bande dessinée. Le public adulte étant toujours des plus exigeants, j'ai noté qu'un enfant sera comblé d'avoir son portrait, quelque soit le style et la technique, il sera content de peu, mais cela signifiera le monde pour lui ! Lorsqu'il est question d'enfance, on pense surtout à l'imagination. Celle des enfants est débordante ! Intégrer leur manière de considérer les choses du quotidien dans mon travail m'inspire pour énormément de projets et de créations au timbre naïf et ludique, en contraste avec les thèmes régnants sur mes productions : inégalités sociales, corruption, politique, guerres, injustice... Des confrères dessinateurs ou journalistes spécialisés ont noté la douceur que j'incorpore à mon trait progressivement tout en gardant une force de message propre.
Je tente également de m'intéresser à d'autre formats journalistiques, auxquels j'ai été exposée pendant ma formation à l'IRAM. J'essaie d'appliquer ce que j'ai reçu, en explorant de nouvelles formes de productions, me basant sur mes compétences pré-établies et collaborant avec des contributeurs de l'association, aux intérêts différents et complémentaires.