Memoire Casapound

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Logo de Casapound

Mon sujet de mémoire de Master porte sur la communication visuelle de Casapound, une formation politique italienne très jeune, ouvertement néofasciste, qui jouit d'une popularité étonnante tant sur le sol italien que sur un plan européen. L'intitulé exact de ce mémoire est : "Réinventer la tradition : étude de la communication visuelle de Casapound et de ses héritiers francophones".

Casapound (parfois abrégé en CPI – CasaPound Italia) a été fondé en 2003 par l’occupation sauvage d’un immeuble de l’Esquilino, un quartier multiculturel de Rome. Le nom rend directement hommage à l’écrivain américain Ezra Pound, partisan fasciste. Présidé par Gianluca Iannone, Casapound aurait pu n’être qu’un groupuscule d’extrême droite supplémentaire : c’était sans compter sur le dynamisme incroyable dont il fait preuve, tranchant radicalement avec l’immobilisme de nombreuses formations politiques, qu’elles soient de droite ou de gauche.

«Le fascisme du troisième millénaire» est la doctrine revendiquée de Casapound. Un fascisme moderne, décompléxé, qui lui permet d’attirer des militants toujours plus jeunes. Même si, dans les faits, le programme politique de l’organisation à la tortue n’est pas encore clairement établi (du moins, pas à l’heure ou j’écris ces lignes). Toujours est-il que sa communication est à la fois extrêmement graphique, et surtout multimédia, passant aussi bien par les canaux militants «traditionnels» (affichage, tractage, manifestations) que par les nouveaux médias (réalisation de reportages, de courts-métrages, groupes musicaux entièrement dédiés au mouvement, communication internet, etc.) Intéressant à bien des égards, le mouvement Casapound cultive une certaine ambiguïté par rapport à ses référents et à ses idées même : comment peut-on revendiquer un retour à une certaine tradition lorsqu’on utilise la totalité des outils de communication et d’information que l’on doit au monde moderne ?


Pourquoi un tel sujet ?

Bâtiment principal de Casapound dans le quartier de l'Esquilino


Je cultive un intérêt pour la politique depuis de nombreuses années, et plus particulièrement pour l’extrême droite, le néo-fascisme et le néo-nazisme. J’ai été engagé politiquement, il y a quelques années, à l’extrême gauche, une expérience qui fut enrichissante sur un plan personnel mais m’aura rapidement lassé, tant à cause de mes camarades de l’époque que de nos « ennemis » avec lesquels la confrontation était souvent musclée. Depuis, je ne suis plus positionné sur l’échiquier politique.

Mon engagement dans la scène musicale « extrême » m’aura amené à cotoyer des « ennemis » de l’époque, se revendiquant ouvertement racistes, néo-nazis ou fascistes. Des personnes qui sont rapidement devenues des collègues de travail (dans l’organisation de concerts, par exemple), que j’ai appris à connaître, et qui m’ont « introduit » à l’univers sulfureux de l’extrême droite radicale. J’étais déjà intéressé par cette dernière durant mes années « militantes », sans pour autant avoir vécu « au cœur » de ce vivier politique : je n’en retenais que ce qu’on voulait bien m’en dire. J’ai pu découvrir une véritable nébuleuse, et un univers graphique à part entière, ou les idées véritables se cachent derrière de nombreux symboles, couleurs et autres graphismes empruntés un peu partout, et qui reviennent en force actuellement.

Casapound : Respectable ou dangereux ?

Casapound est fascinant. Tout d’abord, parce que le mouvement présente une vitrine éminement respectable à la face du monde : le groupe se revendique avant tout « social », aidant les italiens qui subissent de plein fouet la crise à trouver des logements, ou du travail, combattant la corruption politique, mais également parce que le mouvement est une véritable galaxie, dans laquelle on trouve de la musique, de l’art, des manifestations diverses, mais également des cercles culturels et des associations sportives. Néanmoins, mon enthousiasme a été refroidi par la revendication de Casapound, qui se dit ouvertement fasciste, se revendiquant de Mussolini mais aussi d’autres philosophes et écrivains politisés (plus ou moins intéressants) tels que Saint-Loup, Céline, ou encore le sulfureux Julius Evola.

Casapound compte des associations sportives, mais également culturelles, a également créé un mouvement artistique à part entière (le turbodynamisme, rendant directement hommage à la tradition futuriste italienne), organise régulièrement des concerts de rock identitaire (Ianonne est également chanteur du groupe ZetaZeroAlfa, véritable « organe musical » du mouvement) et des conférences sur des thèmes très variés. Là ou Casapound tire son épingle du jeu au milieu de la jungle politique internationale, c’est qu’elle prend un malin plaisir à brouiller les pistes. Là ou la plupart des formations d’extrême droite (françaises, notamment) rejettent leurs ennemis politiques et leurs codes, la communication visuelle et formelle de Casapound n’hésite pas à traiter des grandes figures du socialisme et du communisme (Ernesto Guevara est régulièrement cité) et à s’en approprier les codes.

De plus, CPI est conscient de l’importance de la culture moderne pour ses membres, et le « dépoussiérage » du fascisme est l’un de ses grands axes de combats. Ainsi, Casapound affectionne particulièrement la communication visuelle par le biais de blog (Zentropa, par exemple, qui sera ma principale source de documents puisque francophone) ou de phrases et visuels chocs. Ce qui lui permet d’attirer vers lui un public majoritairement jeune qui ne se reconnaît pas dans les partis politiques plus « institutionnels ». Selon Volker Weiss, historien allemand, « CasaPound a réussi à créer un environnement attrayant pour un certain nombre de jeunes, en associant culture pop et néofascisme » . Très présent sur le terrain (par le biais de son association étudiante, notamment), le groupe est régulièrement au cœur de controverses en raison d’affrontements violents – ce qui, ne nous leurrons pas, permet également de séduire une frange de militants d’extrême droite portés sur l’action radicale.

Les militants de Casapound veulent se donner une image respectable mais la vie du mouvement est régulièrement émaillée d’incidents, de violences et de combats armés dans les rues italiennes, ce qui vient entâcher la vitrine dont j’ai pu parler plus haut. Même si je garde mes distances vis-à-vis de ce mouvement, dont je me défends de partager les idées, il reste fascinant à bien des égards : comment un groupe politique qui se revendique ouvertement fasciste, convoquant donc les horreurs du passé, arrive à séduire autant de jeunes actuellement ? Comment Casapound réinvente-t-il une « tradition » par son utilisation des moyens de communication moderne ? A travers l’étude de la communication visuelle de Casapound, je veux tenter de répondre à ces questions. Par communication visuelle, s’entend l’analyse des affiches, des photographies, des flyers, bref, de tout support visuel publié par le mouvement.

Je veux également étendre mon analyse aux groupes qui se font les relais de Casapound en France, majoritairement le Mouvement d’Action Sociale qui se fait le relais direct des idées du groupe à la Tortue.

Le MAS : un relais français

Logo du MAS

Le dynamisme de Casapound a inspiré bon nombre de formations à l’international, et notamment en France, ou un groupuscule politique en particulier se fait le relais du «socialisme identitaire» revendiqué par le groupe : le Mouvement d’Action Sociale, présidé par Arnaud de Robert. Le Mouvement d’Action Sociale, qui se revendique d'un "socialisme identitaire", s’inscrit dans la «lutte en réseau» qui définit Casapound, puisque le groupuscule possède bon nombre d’associations et de divisions politiques et culturelles.

  • Un réseau de web-radios militantes : Reprenant ainsi la tradition de Radio Bandiera Nera. En France, ce sont Europa Radio et Meridien Zero qui, une fois par semaine et en direct, traitent de sujets d’actualité mais aussi de culture, de politique et de questions sociales, avec des invités pour chaque occasion. Sans avoir un intérêt direct pour mon mémoire, elles m’aideront pourtant à avoir les références nécessaires à l’analyse des différentes affiches et supports de communication visuelle que j’effectuerais dans mon mémoire.
  • Des revues papier, distribuées par internet mais aussi par des buralistes : Réfléchir et Agir et Rébellion. la première se revendique comme «désintoxication culturelle» quand l’autre se fait le relais d’un «socialisme révolutionnaire identitaire». Les deux ont un rythme de parution irrégulier, tantôt bimestriel, tantôt trimestriel. Les équipes de rédaction écrivent sous des pseudonymes. Revues qui se font tantôt relais idéologiques, tantôt relais graphiques de la «nouvelle tradition» dont Casapound se revendique.
  • Des associations sportives : Notamment le groupe Trace qui organise des randonnées militantes en pleine nature (entendez par la avec des discussions politiques et méta-politiques) et la Baffe Lutécienne, un club parisien de boxe et de Mixed Martial Arts. Le MAS s’inscrit ainsi dans la droite lignée de Casapound qui veut proposer un panel d’activité «total» à ses adhérents.

Méthodologie

  • Rappels historiques et présentation de Casapound, du MAS, et de leurs inscriptions dans les paysages politiques européens. Détail de leur positionnement, de leurs propositions, idées principales.
  • Constitution et analyse d’un corpus d’images important, mise en relation entre ces dernières, analyse de la symbolique, des glyphes récurrents, du message véhiculé. D’une façon générale, convoquer la sémiologie pour dégager le véritable sens de la communication visuelle de Casapound.
  • Lectures politiques et plus « classiques » afin de mieux analyser la communication visuelle et les principales idées des mouvements concernés.
  • Observations participantes à des conférences organisées par le MAS.

Plan du mémoire

(Nota : ce plan n'est pas définitif)

1°) Présentation de Casapound et de ses héritiers francophones

a°) Casapound : un pavé dans la mare de l'extrême droite - Historique du mouvement - Méthodes de militantisme - Son mélange d'idéologies - Son fascisme ouvertement affiché - Son omniprésence par sa communication multicanaux - Rôle prépondérant de l'image au détriment des mots - Sa réappropriation de la culture moderne et populaire

b°) Ses relais francophones : entre compromis et adhésion totale - Présentation du Mouvement d'Action Sociale, principal héritier - Idéologies plus radicales - "Le Capital", l'ennemi invisible - Les Conférences et réunions - L'omniprésence de la notion de "race" - La multitude de blogs spécialisés

2°) Analyse socio-sémiotique de la communication graphique de Casapound

- Constitution d'un corpus d'images parmi les plus parlantes - Analyse des récurrences symboliques et textuelles - Mise en relief des codes couleurs, de la construction de ces images - Etude de l'imaginaire propre à Casapound - Rappels à la propagande fasciste de l'époque de Mussolini - Retransformation et réinterprétation de tout un pan de la culture populaire moderne.

3°) Réinventer la tradition ?

a°) Le "pot-pourri" Casapound - Imagerie fasciste/païenne/moderne, un mélange explosif - Une tradition construite et fantasmée - Une méconnaissance des dérives totalitaires - Prôner le rétrograde pour mieux évoluer ? - "Anticapitalisme" de surface utilisé pour tromper

b°) Le point de vue des militants - Entretien avec le cadre de la branche Auvergne du Mouvement d'Action Sociale sur l'importance du graphisme chez Casapound - Entretien avec des figures de l'extrême gauche, au fait des affrontements avec ce type de mouvements radicaux - Croiser les points de vue

4°) Conclusion

- Vitrine de Casapound trompeuse - Mouvement qui se veut respectable mais reste éminement violent, tant dans les paroles que dans les actes - Néanmoins, a eu le mérite de donner un "coup de jeune" à l'extrême droite - Certain génie de la réappropriation des codes et des images