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Sujet :
Participation et médiation culturelle
Titre :
Dispositifs participatifs et médiation culturelle, vers une renégociation des rapports entre artistes et publics ?
Problématique :
Les dispositifs participatifs au sein du monde de la culture permettent-ils d’aller vers une démocratie culturelle ?
Ebauche d’introduction :
- De nos jours, qu’il s’agisse du secteur de l’éducation, de la culture ou encore de l’espace urbain, une injonction participative de plus en plus présente se fait sentir au sein de notre société. Cette notion peut faire écho à celle de démocratie participative, qui « désigne l’ensemble des procédures, instruments et dispositifs qui favorisent l’implication directe des citoyens au gouvernement des affaires publiques », nous apprend Sandrine Rui dans son article « Démocratie participative » sur le site en ligne collaboratif et scientifique « participation-et-démocratie ». La « participation démocratique » ne « peut être résumée à une collection de procédures clefs en main, de bonnes pratiques, librement adaptables » explique-t-elle, « l’instauration de dispositifs participatifs ne doit pas être considérée comme un processus neutre, entièrement maîtrisé, ne bousculant rien ni personne ».
- La démocratie participative est un modèle qui possède ses atouts : pour certains chercheurs, elle permet de favoriser le dialogue et la collaboration entre « experts » et « profanes » autour de questions qui les concernent de manière collective, en les rendant légitimes les uns aux yeux des autres, tout en les transformant en de « meilleurs citoyens », comme le pense James MacPherson.
- La démocratie participative est cependant un modèle qui comporte des faiblesses qu’il est important de prendre en considération : pour certains penseurs, si la démocratie participative poursuit les mêmes logiques que la démocratie représentative, elle a tendance à creuser « un fossé entre gouvernants et gouvernés, ces derniers étant dépossédés du fait de la délégation, inégalement informés et au final encouragés à demeurer passifs », précise Sandrine Rui. Selon les termes de Daniel Gaxie et Cécile Blatrix, la participation peut alors s’apparenter « à une simple diversification des instruments de légitimation du pouvoir ».
- Dans le cadre de la présente étude, j’ai cherché à comprendre comment le contexte d’injonction participative grandissant s’applique à l’univers de la culture et quels enjeux il peut soulever. En effet, passionnée par le monde de la culture depuis mon plus jeune âge, je souhaiterai pouvoir exercer mon activité professionnelle de communicante au sein de ce domaine. Je me suis ainsi attachée à privilégier, dans le cadre de mes études, des expériences professionnelles au sein d’organismes impliqués dans l’univers de la culture, tel que l’Atelier-Musée du Chapeau de Chazelles-sur-Lyon, lors de mon année de Master 1, présentant un fond important de collections ainsi que des démonstrations de fabrication de chapeaux de feutre, et l’Opéra de Saint-Etienne, au cours de mon année de Master 2, dont la programmation présente des spectacles lyriques, symphoniques, et de danse.
- Ces deux structures ayant la particularité de développer des dispositifs participatifs multiples, notamment dans une volonté de favoriser l'accès au patrimoine qu’elles proposent, ma réflexion dans le cadre de ce travail se concentrera sur la problématique suivante : le fait de savoir si les dispositifs participatifs au sein du monde de la culture permettent d’aller vers une démocratie culturelle.
- Le monde de la culture connait de nos jours une certaine transition idéologique portée par des dispositifs pouvant être qualifiés de novateurs, tel que le projet MuséoMix, qui propose depuis quelques années à des professionnels de la culture et de la communication de « remixer » différents musées dans le monde, afin de facilité l’accès des publics aux œuvres à travers une démarche privilégiant les outils numériques en tant que facilitateurs de la création de parcours de visite originaux, ludiques et participatifs ; dans un contexte où l’Etat se désengage peu à peu des subventions accordées aux organismes culturels, et où l’enjeu d’attirer et surtout de fidéliser les publics est plus fort que jamais.
- Le concept de « démocratisation culturelle » porté en premier lieu par André Malraux, en France, à partir des années 1960, a longtemps prévalu. Celui-ci était basé sur la défense de l’accès de tous à une culture, considérée comme « noble » et « légitime » par les experts et la classe dirigeante. A travers ce concept, les publics étaient considérés comme des groupes à « éduquer » dans des logiques qui accordaient très peu de place à de quelconques formes de médiation. Les politiques culturelles françaises ont donc longtemps été mises en place pour diffuser la « grande culture » suivant l’idéologie selon laquelle l’art est capable, par un pouvoir intrinsèque, d’unir les Hommes. A travers la « démocratisation culturelle », la culture est devenue un objet stratégique instrumentalisé dans un modèle descendant de pensée. De ce fait, les actions culturelles sont bien souvent, encore aujourd’hui, imaginées sans consultation pertinente des principaux intéressés, à savoir les publics dans toute leur multiplicité, et c’est pourquoi il est, à mon sens, crucial de faire intervenir la notion de participation.
- Malgré tout, à ce premier courant s’oppose celui de la démocratie culturelle, qui défend, quant à elle, l’accès de chacun à toutes les cultures qui composent une société, dans leurs particularités et leur diversité. Contrairement à la démocratisation de la culture, la démocratie culturelle cherche à s’attaquer aux frontières symboliques des groupes sociaux et non seulement aux frontières géographiques et économiques qui peuvent freiner l’accès à une forme de culture.
- Pour ce faire, elle prône notamment des actions de réhabilitation des cultures propres à différents groupes sociaux, entre autres à travers une reconnaissance des « milieux populaires », comme l’exprime Michel Goffin, afin qu’ils participent à une forme de citoyenneté active en se sentant intégrés et impliqués dans des projets fédérateurs, y compris dans le domaine de la culture. En effet, nous assistons de nos jours à des formes de filiation inversées de plus en plus présentes : les publics apprécient et ressentent le besoin de venir eux-mêmes au contact des objets culturels et non de se voir dicter leurs pratiques.
- La « démocratie populaire », pour reprendre les termes de l’auteur, prône ainsi un respect des différences sociales, culturelles et identitaires afin de favoriser la découverte de l’autre et d’accéder à la richesse de toutes les formes de culture réellement représentatives d’une nation.
- Pour cerner les concepts que je traite au sein des présentes recherches, je me suis notamment basée sur les ouvrages fondateurs de Yannick Barthe, Michel Callon et Bruno Latour, « Agir dans un Monde incertain », et de Jürgen Habermas, « Théorie de l’Agir communicationnel », ainsi que sur des enquêtes, des observations participantes et des entretiens au sein de l’Atelier-Musée du Chapeau et de l’Opéra de Saint-Etienne. Intitulé "Dispositifs participatifs et médiation culturelle, vers une renégociation des rapports entre les acteurs du monde de la culture ?", ce mémoire tend ainsi à montrer que les dispositifs participatifs peuvent être un outil d'aide à la démocratie culturelle. Ma démonstration cherchera à traduire mon postulat : les dispositifs participatifs, s'ils sont construits et utilisés de façon vigilante dans l'univers de la culture, peuvent permettre de favoriser la démocratie culturelle.
- Tout d’abord, je chercherai à donner un éclairage sur la mesure dont nous pouvons parler, aujourd’hui, d’une mobilisation croissante de la notion de participation dans le secteur de la culture, en étudiant deux dispositifs que j’ai eu l’occasion d’observer : l’édition 2014 de MuséoMix Rhône-Alpes, au Musée d’Art et d’Industrie de Saint-Etienne, et l’exposition Réserve Déboussolée présentée dans le cadre de la Biennale Internationale du Design 2014, à la Cité du Design de Saint-Etienne. Je montrerai également l’importance de s'attacher aux différents effets de l’accroissement de la notion d'injonction participative, qui peut entrer au service de la conservation des pouvoirs par un groupe donné à travers une instrumentalisation de la participation, mais, dans le même temps, donner la promesse d’un partage des pouvoirs de décision dans le secteur culturel.
- Je me demanderai, dans un second temps, dans quelle mesure les dispositifs participatifs dans le monde de la culture peuvent-ils permettre de changer les rôles des acteurs de cet univers. En premier lieu, je tenterai de rendre compte de mon expérience vis-à-vis des « ateliers pédagogiques » de l’Atelier-Musée du Chapeau, qui permettent aux jeunes publics de découvrir un patrimoine par le biais du récit, et de pratiquer concrètement un savoir-faire à travers leurs propres créations. Ensuite, je ferai part de mon regard sur les dispositifs « d’action culturelle » au sein de l’Opéra de Saint-Etienne, qui peuvent favoriser, pour les spectateurs, l'entrée en contact avec la scène et ses coulisses, ainsi qu’avec l’imaginaire des artistes.
- Enfin, je m’attacherai à définir ce qu’est une expérience participative pertinente dans le domaine de la médiation culturelle : je tâcherai de caractériser un idéal type de dispositif participatif appliqué à l’univers culturel, à la fois à travers des attributs théoriques spécifiques, du point de vue des principes et des idéologies défendues, mais aussi des particularités pratiques, telles qu’un certain caractère de transférabilité ou des conditions de mise en forme particulières.
- A partir de ce modèle conceptuel, je ferai la proposition d'un dispositif qui tâchera de favoriser, au sein du terrain d’étude qu’est l’Opéra de Saint-Etienne, la rencontre du public avec l’envers du décors des spectacles, qu’il s’agisse des coulisses ou du travail des artistes, à travers l'outil numérique de l'application mobile – qui se montre judicieux, entre autres, au vu des possibilités de prise en main facilitée et d’actions à caractère nomades qu’il offre - tout en cherchant à créer des liens entre les dispositifs participatifs déjà présents au sein de cette structure.
Plan détaillé :
- Partie 1 : Une mobilisation de plus en plus présente de la notion de participation dans le domaine de la culture
- I) Comment la notion de participation est-elle aujourd’hui convoquée dans le secteur culturel ?
- A) Selon quelles modalités ?
- B) Pour servir quels objectifs ?
- II) Etudes de cas
- A) Le cas du dispositif MuséoMix
- B) Le cas l’exposition Réserve Déboussolée
- Partie 2 : Dans quelle mesure les dispositifs participatifs dans le monde de la culture permettent-ils de changer les rôles des acteurs de cet univers ?
- I) Le cas des « ateliers pédagogiques » de l’Atelier-Musée du Chapeau
- A) Découvrir un patrimoine matériel à travers le récit
- B) Expérimenter un savoir-faire à travers ses propres réalisations
- II) Le cas des dispositifs « d’action culturelle » au sein de l’Opéra de Saint-Etienne
- A) Entrer en contact avec la scène et ses coulisses par la visite
- B) S’immerger dans l’univers d’un artiste par la rencontre
- Partie 3 : Qu’est-ce qu’une expérience participative pertinente dans le domaine de la médiation culturelle ?
- I) La constitution d’un idéal type de dispositif participatif pertinent appliqué au champ de la culture
- A) Les objectifs théoriques de ce modèle
- B) Les caractéristiques pratiques de ce modèle
- II) Proposition d’un dispositif innovant qui s’attache à répondre à la problématique de la rencontre du publics avec l’envers du décor d’un spectacle (nb : cette dimension pourra se transformer en fonction de mes observations au sein de l’Opéra à partir d’octobre, voir se lier au projet professionnel de Léa Kalifa portant sur la favorisation d’un accès interactif aux œuvres muséales)
- A) Le choix de l’outil numérique qu’est l’application mobile
- B) Une plus-value apportée aux dispositifs présents au sein de l’Opéra de Saint-Etienne