Histoire de la salle de bain et de l'hygiène

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Antiquité

Les grands principes de l'hygiène sont connus depuis l'antiquité. L'usage du bain était répandu dans les plus anciennes civilisations humaines. On retrouve sa trace chez les Egyptiens, les Hébreux, les Assyriens, les Perses et les Chinois. Dans la plupart1 des cas, le bain était intimement lié aux préceptes religieux et à la symbolique purificatrice de l'eau.

Les thermes sont une invention grecque que les Romains ont améliorée. Ainsi, la pratique du bain est attestée en Grèce à la fin du Vème siècle av. J.-C.. Les établissements de bains grecs étaient des lieux où l'on pouvait se retrouver pour s'adonner surtout à l'exercice physique, mais aussi se restaurer et discuter de sujets philosophiques. Les premiers thermes étaient privés et il fallut attendre le Ier siècle avant J.-C. pour que les thermes publics apparaissent. Les thermes financés par l’argent public se répandent alors dans tout l’Empire, même dans les villes modestes. Comme seules les classes aisées possédaient des bains privés et des toilettes dans leurs villas, ces bains publics avaient un rôle important pour l'hygiène générale. Ces lieux étaient accessibles à tous, sans distinction de classe sociale et ouverts aux hommes comme aux femmes (dans des parties ou à des heures différentes). Ils servaient non seulement pour l'hygiène corporelle et les soins du corps, mais avaient aussi une fonction sociale importante : on y rencontrait ses amis, on y faisait du sport, on se cultivait dans les bibliothèques et on pouvait y traiter des affaires.


Moyen-Age

Contrairement à certaines idées reçues, le Moyen Age fait une bonne place à l'hygiène. Après une régression de l’usage de l’eau pendant les premiers siècles du Moyen- ge, la pratique des bains se répandit à nouveau sous l’influence des croisés qui avaient pris goût aux bains raffinés et relaxants des hammams de l’Orient. L'hygiène redevient même un art de vivre : on se lavait pour être propre, mais aussi par plaisir. Se laver, se baigner, était donc une habitude dans les villes du Moyen Age. On allait alors "aux étuves". Les bains publics sont mixtes et l'on s'y baigne nu. Si, pour l'essentiel de la population, il s'agissait avant tout de se nettoyer, certains y recherchaient également plaisir et volupté. Les petites cuves (baignoires) pouvaient accueillir des couples et dans les grandes cuves plusieurs personnes. A la fin du 15e siècle les bains publics ont mauvaise réputation et ferment peu à peu, l'épidémie de peste et l'apparition de la syphilis condamnent les plaisirs du bain

le mot d'ordre devient ainsi : "Estuves et bains, je vous en prie, fuyez-les ou vous mourrez". déclaration de Guillaume Bunel en 1513 (Professeur de la Faculté de Médecine de Toulouse).


Époque moderne

A partir de la fin de la Renaissance, les bains disparaissent. Plus question de chanter les louanges du bain : il faut se méfier de l'eau et n'en user que très modérément.

Par réaction, les médecins commencent à penser que le bain lui-même est malfaisant pour le corps, que les miasmes de la nature pénètrent d'autant plus facilement à l'intérieur du corps, que les pores sont dilatés sous l'effet de la chaleur, laissant un libre passage aux maladies.

La toilette se résume à des gestes d'ablutions du visage et des mains. A la place, on va se parer. Plutôt que d'éliminer la saleté, on en camoufle l'odeur en usant d'artifices, avec des parfums par exemple.

Ce repli progressif de l'hygiène corporelle perdurera jusqu'à la fin du 17e siècle. Dans les années 1770, Paris, dont la population représentait alors moins de 500 000 personnes, comptait neuf établissements de bains. Ces établissements vont se multiplier au 19e siècle et associeront pour une grande part d'entre eux des piscines avec des cabinets de bain.


Époque contemporaine

Ce n'est qu'à la fin du 19e siècle, que l'hygiène commença réellement à reprendre ses droits mais l'ampleur de la tâche était conséquente : en 1850, un Français prenait en moyenne un bain tous les deux ans.

Il a longtemps fallu lutter contre de nombreux préjugés. Premièrement, dans une société majoritairement rurale, beaucoup pensaient que la saleté constituait une protection contre l'intrusion des maladies. Le bain était considéré comme une forme d'agression du corps, voire une menace pour la santé.

Dans le domaine de l'eau, les nouvelles préoccupations sanitaires ont contribué au développement des adductions d'eau, de l'évacuation des eaux usées, du traitement de l'eau potable et ont encouragé l'hygiène corporelle.

La culture de l'hygiène est peu à peu diffusée, à partir de la fin du 19e siècle, par le corps médical, l'armée et les différents mouvements syndicaux. Les médecins s'approprient très vite le discours de "l'hygiène nouvelle", concept novateur pour l'époque.

Ils ont une influence décisive en matière d'information et "d'hygiénisation" de la population, luttant en cela contre les anciennes croyances.

Les instituteurs ont, quant à eux, favorisé l'acculturation progressive de générations d'enfants en matière d'hygiène corporelle. Signe des temps, dès 1883, l'école de Jules Ferry supprime la leçon de catéchisme pour la remplacer par la leçon d'hygiène.

La "visite de propreté" effectuée chaque matin par l'instituteur dans la classe est instaurée. Ainsi, les symboles de notre hygiène vont peu à peu se répandre dans la population.

La baignoire du XIXe est en bois, en fer-blanc ou en zinc (le modèle en zinc est le plus courant à la fin du siècle).» C’est un luxe. On la transporte dans la chambre à coucher, et on la remplit (puis on la vide) à la main. Dans les milieux populaires, on utilise une simple bassine, et on se lave le corps en différentes étapes, avec l’aide de quelqu’un pour se frotter le dos.


Au début du XXe siècle, seuls les appartements bourgeois comportent un cabinet de toilette et, plus rarement encore, une salle de bains équipée d’un tub (bassine en zinc, en tôle émaillée, voire en cuivre) mais on s’y lave en chemise. Les petites gens, elles, se contentent d’une douche, au mieux, tandis que les paysans se récurent dans un vulgaire baquet d’eau plus ou moins chaude au beau milieu de la cour. Certes, l’eau courante arrive peu à peu dans les immeubles citadins, mais seulement au rez-de-chaussée en l’absence de pompes efficaces.

La salle de bains moderne nous vient d’Angleterre puis des Etats-Unis, popularisée par l’essor de la baignoire car je rappelle que la salle de bains est la pièce où on prend un bain ! Donc, il y faut une… baignoire. Mais chez les Français, on continue à bouder cette pièce jugée superflu, une salle de bains qui se montre rarement luxueuse ou même fonctionnelle.

Il faudra attendre l’entre-deux-guerres pour que l’hygiène s’impose et même le milieu des années 70 pour que la moitié des habitats français bénéficient d’une pièce dédiée aux ablutions, puis les années 2000 pour parvenir au chiffre de 98 % avec une surface moyenne de 4 mètres carrés.


Sources

  • HELLER Geneviève, Propre en ordre: habitation et vie domestique 1850-1930, Lausanne, Éd. d'En Bas, 1979, 247p.
  • VIGARELLO Georges , Le propre et le sale, L’hygiène du corps depuis le Moyen ge, Seuil Histoire, Paris, 1985.
  • BOLOGNE Jean-Claude , Histoire de la pudeur, Paris, éd. Pluriel (O. Orban), 1986.
  • CORBIN Alain , Histoire du corps, vol. II « De la Révolution à la Grande Guerre », Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 2005.
  • Article du Centre d'information sur l'eau, le mercredi 22 mai 2013, L'hygiène et l’eau : petit parcours historique.