Récit d'étonnement Audrey

De Learning Lab Environnements Connectés
Révision datée du 10 mars 2016 à 12:04 par AudreyPaillard (discussion | contributions) (Mercredi 9 mars)
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Consignes

Principales étapes: Tenir un carnet d’observation produire, à partir de ce carnet, un écrit préliminaire au “rapport de stage et d’expérience”, l’écrit d’étonnement sur le WIKI Séminaire collectif d’accompagnement de projet en Avril, sous forme d’un entretien élève- étudiant

Carnet d’observations: Comment marche la communication en générale La com’ sur le DD Comment sont organisé les burreaux / hierarchie Espace de créativité Points compétences Points organisation travail Points organisation de l’entreprise Points sur mon statu Points sur les relations sociale Points sur les compétences techniques Les codes (culturels/ socials …)

Calendrier Février/ Mars/ Avril 2016: Stage obligatoire

Travail d’observation participante: carnet de travail, prise de notes, collectes d’informations et prise d’images ... Avril 2016 : séminaire collectif d’accompagnement de projet Retours sur les écrits d’étonnements Échange d’expériences et des problématiques Aide à la rédaction définitive des rapports de stage et d’expériences Juin/ septembre 2016: remise des rapports de stage et d’expériences Tenir carnet d’observation sur le wiki, actif, écrire chaque jour. 2 manières de prendre des notes : - En situation Reprendre les prises de notes et thématiser : points compétences, points statut, points formation….

Prendre en compte dimension sociale et dimension technique Organigramme et activités, ok, mais rester rapide. Mieux vaut axer sur comment nos compétences sont mises en œuvre, notre parcours au sein de la structure Interroger le statut de stagiaire, les formules d’adresse, le rapport

Réfléchir aux raisons qui créent des conflits dans les situations de travail : pourquoi untel en arrive à créer des tensions avec un autre, qu’est-ce qui amène à cette situation dans les délais intenables par exemple, les pressions exercées… Interroger les relations de travail, ce qui va faire « tiquer » les collègues dans les salutations, dans les actes, pourquoi ? Voir doc. Principales étapes : - Tenir un carnet d'observations : Malinowski : tenait aussi des carnets d'observations, publiés par sa femme à sa mort, dans les années 60. http://www.persee.fr/doc/rfsoc_0035-2969_1987_num_28_2_2407

Repérer les rituels : Erving Goffman. http://www.revue-emulations.net/enligne/Degand Rituels d'accès : ex. du "bonjour", du "ça va" du matin. Goffman : c'est dans ces petits signes que se cache la société. (cela peut être par exemple des signes d'offense : ignorer qqun le matin)

2 postures d'observation / d'observateur : - La posture du chercheur anthropologue : repéré, observation "à découvert" = Malinowski, facilement identifiable comme observateur lorsqu'il est dans une tribu - Observateur participant : Goffman. = nous en stage (Observateur participant incognito , cf. le texte L'établi.)terrain de stage = terrain d'étude. - Produire à partir de ce carnet un écrit d'étonnement - Ecrire un rapport de stage et d'expériences

L'écrit d'étonnement : la prise de note active doit donner naissance à l'écrit d'étonnement. Le travail se fait en continu

Le rapport fait suite au stage sera un rapport de stage "classique" ET un rapport d'expérience : regard critique sur notre expérience. Ne pas se contenter d'un simple "listing" de missions à accomplir mais DECRIRE (description fine) OBSERVATION DESCRIPTION ECRIRE

Stage : Prendre la bonne distance qui permet d'interroger sa pratique


Trace écrite journalière

Lundi 01/02

Arrivée à l'EM, j'ai déjà des difficultés pour trouver le parking sur lequel j'ai le droit de me garer, situé loin à l'arrière des bâtiments. 5-7 bonnes minutes de marchent sont nécessaires pour rejoindre l'entrée principale. L'EM se compose d'un ensemble de grands bâtiments, idée du campus Dan, mon "chief Officer" vient me chercher à l'accueil car je suis incapable de retrouver les bureaux de son équipe InDiGo (que j'intègre) : je ne suis venir ici qu'une seule fois, fin octobre, et le site est immense. Il m'accompagne jusque dans l'openspace. Une affichette accueille le visiteur : "Life is short. Do stuff that matters". Voilà qui plante le décor. Je débarque au beau milieu d'une discussion passionnée, dans un mélange français-anglais. Des insultes fusent, destinées non pas aux interlocuteurs présents mais comme je le comprends très rapidement au « propriétaire » intellectuel de la plateforme LMS sur laquelle l’EMLyon vient de basculer depuis qq mois. La plateforme se retrouverait propriétaire intellectuel des données produites par les étudiants et profs de l’EML : inadmissible ! Mais finalement, en reprenant le contrat, le fournisseur est propriétaire de l’algorithme, pas des données produites, le calme revient. En fait j’arrive dans le cœur du sujet : l’équipe InDiGo est dédiée à la mise en place, l’accompagnement des enseignants, élèves et personnels concernés par la bascule sur un LMS Une certaine tension est très rapidement perceptible concernant ce fameux LMS, cible de toutes les crispations, au niveau du staff INDIGO (à cause du travail fourni pour aider à devper les usages par les profs) comme du côté des enseignants. J'apprends que les enseignants se divisent donc en 3 catégories, les heavy users, les usagers qui l’utilisent un peu (mais déjà plus de la moitié moins que la première catégorie) et enfin ceux qui se refusent à basculer sous cette plateforme. Les deux dernières catégories se plaignent, visiblement auprès du directeur de l’école, et l’équipe doit trouver une solution, faire un état des lieux dans les 15 jours des pbm rencontrés et proposer comment aider les enseignants à dépasser leurs craintes, résoudre leurs problèmes, inventer des solutions. En fait, de l'aveu même de Dan, ce LMS ne facilite pas le travail du prof car cette plateforme est tournée vers le client, donc l’étudiant, pas vers l’enseignant. En effet, dans ce type d'établissement supérieur privé, les frais de scolarité des étudiants sont très élevés et par conséquent, ils sont les "clients" de l'école. L'EMLyon a choisi un mode SAS, payant par élève (prix qui varie en fonction du nombre d’élèves inscrits dans l’école. EMLyon c’est environ 4000 élèves donc prix fort, environ 20 euros par an) La plateforme propose un bouquet de service, l’EML a choisi ceux qui l'intéressaient. Fin de matinée : réunion Brightspace. Réunion de crise autour du mécontentement des profs par rapport au système LMS : il faut trouver une solution comment ? Estelle prend en charge la réunion comme si elle était la chef, Dan qui m’explique qu’il laisse chacun manager sa partie, il lui donne le "lead" comme il dit et se met en retrait. Il n’intervient que pour aider si besoin. Cette première réunion me surprend : le ton plutôt sec et cassant d'Estelle me déstablibilse, je trouve qu'elle prend ses collègues de hauts, distribuant les tâches et les consignes sans ménagement. D'ailleurs, chacun des participants en dehors de moi à reçu de la part d'Estelle le matin même une liste bien longue de points à traiter "due today". J'examine la position qu'elle adopte, la façon dont elle prend des notes, répond, regarde ses interlocuteurs et je trouve l'ensemble très emprunté, comme si elle jouait à faire le chef. Néanmoins, le vocabulaire est précis, souvent recherché, on sent qu'elle a à coeur d'être prise au sérieux. Personne ne discute ses ordres.

Une partie de ces deux premières journées est dévolue aux questions pratiques d'une part : Création des comptes pour accès internet, messagerie, badge, parking, cantine, informatique : on rentre dans un grand organisme, je suis totalement perdue dans tous les sigles utilisés et surtout, l'anglais omniprésent, davantage presque que le français. Visite des locaux, salle de cours, bibliothèque toute neuve et espace modulaires de co-working, fablab. Par ailleurs, je cherche à comprendre aussi précisément que possible cette question du LMS. Qu'est-ce que c'est ? La distinction Brightspace et Connexions, les problèmes qui en découlent...

Bilan : intégrer l'EM, ne serait-ce que pour un stage, cela impressionne !


Mercredi 3 février

J’arrive plus tôt, vers 8h, et l’ambiance est plus calme. Je récupère mon badge cantine, je découvre que mes frais de repas sont pris en charge, j’ai pu me faire prêter un badge d'accès au parking situé sur le campus, (Greg me prête le sien, comme il vient chaque jour en vélo il n'a donc pas besoin du sien) : je gagne du terrain, et du temps ! Mon accès à la plateforme LMS ainsi qu’au forum est ouvert : je me sens davantage intégrée.


Accéder à Brightspace m’est enfin ouvert : est-ce que l’accès à ce Graal dont tout le monde parle avec un avis très tranché va me permettre de mieux comprendre le coeur du problème ? Je rédige un article sur le blog de l'équipe InDiGo, reprenant la formation sur PowToon à laquelle j'ai assisté le matin même. Je rédige aussi une enquête en interne sur la généralisation possible d'un tel outil (intérêt ou non d'acheter une licence). Kevin me demande de travailler à du montage son/image pour un MOOC : enfin du concret ! Nous passons donc la journée à tenter plusieurs possibilités de montage vidéo, je travaille sur Première Pro et je tâtonne. Je demande à Dan s’il serait possible de rencontrer Thierry Picq, le responsable de l'innovation à l'EMLyon. C'est par son contact que j'ai pu intégrer l'école pour mon stage, je voudrais mettre un visage sur cet homme que je n'ai eu que par téléphone et mail. Dan m’assure que cela ne pose aucun pbm et lui envoie un mail. La réponse ne se fait pas attendre, il dejeunera avec Kevin et moi à midi. Grand, sourire et poignée de main franche, il me tutoie d’emblée et me dit que je peux en faire autant : aïe, je ne me sens pas du tout en mesure de le tutoyer d'emblée... Facile d’accès, il mange au self, se fait interpeller par deux personnes sur le ton de la plaisanterie : Chef de l’innovation très avenant, tel que l'on me l'avait décrit.

Stratégie qui se mettent en place en coulisses, démission d’une chef, trop de boulot, de pression, jeu de chaises musicales qui semblent se dessiner. Les gens tentent de se placer, de placer les conjoints de leurs amis. Pieds sur les tables, même Dan qui paraît fatigué et reconnaît qu’être chief officer n’est pas de tout repos Pression

Jeudi 04 février

Je fais du montage vidéo ce matin, associer toutes les diapos montées et basculées en ppt (enregistrée en bmp) et le son enregistré par les deux profs qui montent ce mooc. Ensuite bascule vers la plate-forme Adways et positionnement des calques : Insertion d’une vidéo powtoon et ajout de pop-up vidéo (les miens) qui viennent s’ouvrir en fonction des besoins spécifiques des étudiants. Adways est une plate forme qui permet de garder la main sur le contenu des vidéos, alors que d’autres plateformes n’étaient pas claires sur le propriétaire du contenu, obligeant à héberger les vidéos de l'EM sur leur plate-forme. Adways : système de paiement pour 10 projets, environ 1000 euros donc 100 euros le projet que l’on peut reprendre et modifier autant que possible Laissée à moi-même, un peu d’ennui, pas de mission encore très claire

Vendredi 5 février

Réunion d’équipe le matin mais incomplète : kevin absent car trop de boulot (mais pas toujours très efficace) et Greg checke ses mails Dan me félicite pour mon intégration réussie dans l’équipe et pour l’article du blog que j’ai publié sur PowToon car il a été lu et recommandé un grand nombre de fois, ce qui est rare visiblement. Après-midi : Kevin et Greg viennent en aide à un prof de RH qui fait une formation continue avec des gens du privée. Montage vidéo sur Imovie. Tentative de drague peu fine de la part de l'enseignant, un petit monsieur cinquantaine bien sonnée, cheveux blancs bouclés et hirsutes, petites lunettes rondes sur le bout du nez : je fais bonne mine mais trouve l'essai bien ridicule. Intervention de Greg : on ne touche pas aux stagiaires ! J’assiste au cheminement de la mise en place d’une expé avec des chirurgiens. Intervention d’un collègue qui met en place, guidé par le prof, le cadre et le suivi dans lequel la formation peut avoir lieu

Remarques en vrac récoltées au fil de la semaine :[modifier] Les codes à casser pour avancer avec le numérique : - profs pas contents - élèves qui se plaignent que biblio fait trop « récréative » et pas assez sérieuse pour travailler

Gymnase : on vient faire du sport le matin, le temps de midi, chacun prend sa pause déjeuner quand il le sent, bcp de liberté dans l’équipe. D’ailleurs, ils se croisent plus qu’ils ne travaillent réellement ensemble, chacun reliant l’openspace au cours de la journée en fonction des réunions et autres formations à donner.

Pause de midi, avec Dan : redevenir prof, profiter de la vie, pbmatique du télétravail qui permet de se couper de la pression Le système de l’évaluation par QCM corrigé par ordinateur

Pied sur la table – Véronique Bouchard – professeur de stratégie, engagée dans le e-learning et le blended. Claudine – formation de documentaliste Kevin – cursus d’histoire, Sciences-Po et Master sur les organisations Greg - informaticien Dan – docteur en économie

Bilan semaine 1 :


==Lundi 8 février== :[modifier] J'apprends lors de la réunion du matin que les étudiants de l'école évaluent leurs enseignants grâce au système Blue. Selon Dan, il faudrait que les résultats de ces évaluations soient affichés, tout du moins accessibles à tous dans un souci de transparence d'abord puis pour montrer aux étudiants qu'on entend leur retours, qu'on y prête attention. Certains profs pourraient peut-être améliorer leur rémunération en fonction du taux de satisfaction obtenu par exemple. Cette logique, à l'américaine, n'est pas du goût de plusieurs professeurs qui s'y opposent. Comme pour le LMS, ici la logique s'oriente clairement sur la satisfaction de l'étudiant, qui est un client. Le reste de la matinée est consacré à des recherches et au visionnage de vidéos tutorielles sur le langage LaTeX dont je vais avoir besoin pour élaborer les QCM automatisés. l'après-midi, Dan me propose de l'accompagner pour une réunion avec deux collègues de chez IBM : le sujet est d'importance puisqu'il s'agit de finaliser ce qui va être présenté par Thierry Picq devant le comité de direction concernant l'orientation à donner à l'enseignement à l'EM, non pas sur le contenu des cours mais sur les finalités visés, les compétences attendues dans le monde du travail, les modalités d'évaluation, la prise en compte des activités annexes des étudiants (à faire rentrer dans la notation ?)... La réunion est menée d'abord par Dan qui présente un powerpoint impressionnant : liste des objectifs, grille de référence à l'appui, synthèse de ses recherches sur ce qui se fait à l'international, schéma proposant 3 possibilités d'orientation. On discute de ce qui est possible ou pas dès la rentrée prochaine, on réfléchit à ce que IBM peut proposer comme outil regroupant toutes les fonctionnalités citées, une interface étudiant avec tous les onglets jugés indispensables...

mardi et mercredi, une gastro me tient au lit

Jeudi 11 février : de la problématique de l’espace : la guerre des territoires

Véronique m’interpelle : « je peux te dire qqch » ? le ton est plutôt grave, je ne sais pas vraiment à quoi m’attendre et crains d’avoir commis une erreur importante… « Je pense qu’Alexandra considère que c’est son bureau » me dit elle en désignant la table à laquelle je m’assois depuis qq jours. Pourquoi ne vas-tu pas t’installer auprès de Greg, comme on l’a dit le premier jour ? Openspace en mouvement, aujourd’hui une cloison séparant les deux espaces a été enlevée, le jour de mon arrivée on a rajouté des bureaux derrière cette paroi vitrée : j’ai identifié la place de Dan, d’Estelle, de Véronique et de Greg, mais celles de Kevin et d’Alexandra, jamais, d’autant qu’Alexandra n’est descendue qu’une seule fois depuis que je suis arrivée. Je pense qu’il y a plutôt dans cette remarque un besoin de me rappeler où est ma place de « stagiaire », c’est-à-dire là où il reste une place vide, toujours vide. Soucieuse de ne pas créer de conflits latents avec Alexandra, j’envoie de suite un mail la priant de m’excuser si je l’ai heurtée en prenant par mégarde, SA place. Elle m’assure qu’il n’en est rien, qu’elle est d’ailleurs absente le jour même, le lendemain et la semaine suivante, la place se trouve donc libre.

Arrivée d’Estelle qui trouve la remarque de Véronique stupide et déplacée, m’assure qu’Alexandra se moque de ce genre de considération, qu’il faut que je sois "cool". Elle me dit que les rapports entre les filles de l'équipe n'ont pas toujours été simples, il y a des conflits. Estelle repart, arrive Dan qui, me voyant tout au fond de l’openspace prend la peine de vider tout un bureau pour que je sois mieux installée, d’autant que je suis "pâlotte" et qu’il faut "prendre soin de ma santé". Kevin m’explique les stratagèmes qu’Estelle aurait mis en œuvre pour changer de postes ces dernières années, obtenir des infos sur les salaires des uns et des autres, comment elle a mis le bazar dans les équipes auprès desquelles elle a travaillé… Bref, ils ne sont pas du tout sur la même longueur d’ondes et s’adressent peu la parole. « Quand elle parle, on ne comprend rien »

Question de rapports : Bienveillance de Dan, toujours. Il s’inquiète de ses collaborateurs, met en avant leur travail, propose d’aller me chercher un café ou un thé (ironiquement, on dit souvent que c'est le travail du stagiaire d'apporter les cafés. Dan me démontre qu'il n'en est rien dns son équipe, il veille à me considérer avec égard)

semaine de congés du 15 au 21 février

Lundi 22

Arrivée 8H10, je profite des vacances scolaires des enfants pour commencer la journée au plus tôt et partir un peu plus tard. Une partie du personnel et des étudiants est en congé, les locaux sont inhabituellement silencieux. Je tombe sur Dan qui arrive en même temps que moi, il ne prend pas de congés, ou très peu, d'après ce que j'entends dire. Kevin est déjà là, Véronique aussi, elle corrige des travaux d'étudiants. Ce matin, Dan me demande de chercher une version PDF française mais rigoureusement fidèle d'un test sur les profils d'apprentissage de Felder et Solomon, trouver quelque chose qui permettrait de comprendre selon quels critères les étudiants choisissent un article ou une page web plutôt qu'une autre quand ils ont besoin d'aide et donner mon avis (interface, prise en main, fonctionnalités) sur une application Ipad qui permet d'annoter et de travailler en réseau sur un même PDF (google App cabinet). A 11h15 se tient la réunion hebdomadaire "Brightspace", menée par Estelle. Kevin ne tient jamais à y aller eu égard à son peu d'estime pour Estelle. Aujourd'hui pourtant il vient avec moi mais, pas de chance, personne n'est là, il semblerait que la réunion ait été annulée sans que Kevin n'en ait été informé. Il prend la nouvelle avec flegme, ce n'est selon lui "pas étonnant de la part d'Estelle"... Nous en profitons pour discuter un peu autour d'un café, Kevin cherche à quitter l'EM pour un poste mieux payé ailleurs, d'ici là il peaufine son projet de lancer sa propre entreprise. Etre entouré de professeurs de marketing, éco, management... lui facilite la tâche, deux d'entre eux l'aident dans son projet. Il reconnait avoir "un coup de mou" depuis un certain temps, il cherche à retrouver de la motivation. Retour dans l'openspace. Dan prévient qu'il ira chercher des sushis pour Véronique et moi si cela nous fait envie, Kevin est en formation du temps de midi. L'attention est charmante et de fait, les sushis arrivent pour midi trente, c'est parfait. Seulement, je découvre que chacun mange devant son ordinateur : s'agit-il finalement d'une manoeuvre détournée pour sacrifier la pause déjeuner et travailler davantage ? Je trouve pourtant qu'une vraie pause déjeuner, ne serait-ce qu'au self de l'EM, permet d'engager la conversation ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Kevin absent, je me sens assez peu à l'aise entre Dan et Véronique qui partagent des liens d'amitié, une connivence intellectuelle et un statut (prof à l'EM) que je n'ai pas. Le repas est donc très studieux, et... silencieux. L'après-midi s'achève sur les mêmes recherches de mon côté, je ne trouve aucun article correspondant aux critères fournis par Dan, j'en suis à je ne sais combien de mots clés différents, rien. J'ai le sentiment d'être bien inutile d'autant que Kevin, reconnaissant lui-même qu'il n'est pas du tout organisé, n'a pas fait la liste de ce qu'il doit faire et sous quels délais donc il n'est pas en mesure de m'indiquer en quoi et sur quoi je peux l'aider aujourd'hui. Dan part tôt, aux environs de 16h, il parait vraiment fatigué, harassé dirais-je. Lui habituellement si tourné vers les autres, leur réussite, leur bien-être, je sens que quelque chose ne va pas mais il ne m'est pas possible d'oser demander ce qui se passe, nous n'en sommes pas aux connivences personnelles même s'il m'a déjà donné des informations sur sa situation familiale par exemple. Je me retrouve en tête à tête avec Véronique qui est d'humeur plus chaleureuse, je décide d'aborder le sujet "Estelle" afin de creuser davantage cette situation de conflit latent.

Le syndrome Confucius

Selon Véronique, Estelle souffre d'une sorte de construction psychique problématique. Elle a besoin de savoir "qui est au dessus et qui est en dessous" dans toutes ses relations professionnelles. Et de fait, elle ne supporte pas d'être en dessous et ne reconnaît l'autorité que de celui qui est son supérieur. Cette attitude a posé de nombreux problèmes au sein des équipes dans lesquelles elle a travaillé, chacune cherchant à se débarrasser d'elle d'une façon ou d'une autre. D'après Véronique toujours, Estelle a fait beaucoup de mal chez Indigo, rendant des collaborateurs "très tristes". Les choses se sont envenimées au point que toutes deux se sont violemment disputé il y a qq mois. Depuis les rapports sont tendus, ce qui est immédiatement perceptible lorsque l'on entre dans l'équipe. Véronique me défend l'esprit d'équipe, le fait d'aider ses collaborateurs dès que possible, ce qui n'est pas possible visiblement avec Estelle.


Mardi 23

Arrivée tôt, il n'y personne dans l'openspace. Je devais aider Kevin dès 8h à finaliser sa formation Prezi mais il n'arrive pas. Un mail de sa part m'annonce qu'il est malade et n'arrivera que pour midi : sur quoi vais-je bien pouvoir travailler ce matin sans Kevin ni Greg ? C'est là le souci principal auquel je commence à me confronter : bien sûr on me laisse faire ce qui me semble être intéressant pour moi, mais j'ai besoin de m'impliquer davantage dans l'équipe, avancer sur les projets. Dan arrive sur ces entrefaits et me demande de poursuivre les recherches sur les critères de sélection opérés par les étudiants lorsqu'ils font des recherches sur le Web. J'élargis mes recherches à la base de donnés ProQuest accessible sur le LearningHuB, je regarde les articles en anglais, j'en parcours quelques uns. Je piétine, le vocabulaire technique en anglais ralentit fortement mes recherches, je mesure combien mes compétences linguistiques sont inadaptées, d'autant qu'à l'EM tout ceux que je rencontre sont bilingues, pour le moins. Pause déjeuner, Dan vient de trouver un article correspondant à ses critères, je m'informe : quels mots-clés a-t-il tapé ? Quelle base données ? Evidemment, son article est en anglais et aucun des mots clés auxquels j'avais pensé ne figurent dans ceux qu'il a choisis. L'article est long (plus de 20 pages) et ardu pour moi, Dan le parcourt d'une traite et surligne les points essentiels pour me faciliter la compréhension d'ensemble. Au bout d'une heure d'efforts, je ne suis pas encore bien sûre d'en avoir saisi le quart... Bon, travailler mon anglais va devenir une priorité si je ne veux pas finir totalement dépassée. La fin de journée est relativement tranquille, Dan me présente un outil en ligne pour annoter, commenter et travailler en ligne à plusieurs sur des pdf : Kami. Nous le testons, je dois admettre que l'outil est fonctionnel, intuitif et fonctionne très bien. Travailler en ligne sur des pdf est souvent compliqué et Dan veut pouvoir proposer aux étudiants de l'EM une aide précieuse lorsqu'ils doivent étudier par exemple un cas pratique sur pdf. Il me parle ensuite d'une base de données très intéressante selon lui, le portail Merlot, crée par un regroupement d'universités américaines. Il me recommande d'aller voir car les ressources sont immenses et de grandes qualités, notamment en pédagogie. Voilà donc à quoi je consacre les deux dernières heures de la journée, Merlot est effectivement un site à connaître, je lis quelques articles sur "comment rendre actifs les élèves en classe" notamment.

mercredi 24

Arrivée 8h, l'openspace est désert. Je reprends les notes d'hier, je fais un tour sur le LMS de l'école et j'attends l'arrivée de Dan ou de Kevin. Je vois Alex arriver et je profite du calme matinal pour la questionner sur son poste, à cheval entre l'EM et Centrale. D'après les bribes de conversations auxquelles j'ai assisté, elle veut quitter Centrale où les choses ne se passent pas très bien pour basculer à temps complet à l'EM. Elle m'explique en détails les raisons de son choix : à Centrale "ils ne foutent rien car ils ne sont pas soumis à l'obligation de résultats". Et c'est là le coeur du problème selon elle, l'EM est une école privée, les gens ont des objectifs à atteindre, des missions à mener à bien, alors qu'on ne lui demande rien de plus que faire "acte de présence" à Centrale. Pas d'entretien annuel, pas d'objectifs, pas de missions, Alexandra s'ennuie et ne trouve aucun sens à son travail là-bas. Pourtant, on ne la laisse pas partir alors que les rapports sont tendus avec son supérieur à Centrale et que l'EM est d'accord pour la récupérer à plein temps. Kevin arrive et intervient dans la conversation pour apporter son point de vue : à l'EM aussi, on peut te faire miroiter beaucoup mais c'est une école élitiste et il faut très souvent être surqualifié pour obtenir un poste. Lui-même compte bien quitter l'école dès qu'une occasion se présente ailleurs, et ce même si Dan lui a indiqué qu'il serait le futur "chief innovation" d'ici deux ans (date de la retraite de Dan). C'est ainsi que des employées comme assistantes par exemple, pourtant extrêmement compétentes de l'avis de tous et qui passent des certifications en interne, ne peuvent pas obtenir de poste plus qualifiés d'encadrement, ce qui crée visiblement de nombreuses frustrations. Si l'EM permet de basculer très rapidement de postes en postes (Kevin a ainsi progressé très vite en 6 ans), il semble y avoir une sorte de plafond de verre qui marque la séparation entre les postes d'ultra-diplômés et les autres. Le poids des diplômes obtenus (si possibles dans de grandes écoles) est prépondérant. J'apprends ainsi que Greg compte bien partir lui aussi et je m'interroge : Dan a commencé à me poser des questions sur ce que je souhaite faire après le Master, me signifiant que si je ne comptais pas reprendre l'enseignement il fallait que nous restions en contact, il avait besoin de personnes qualifiées pour rejoindre l'équipe Indigo. Mais si les collaborateurs de l'équipe envisagent de partir, cela n'est-il pas le symptôme évident que quelque chose ne fonctionne pas ? Cette équipe tourne car ils sont soudés (sauf avec Estelle) du fait notamment de la bienveillance rare de Daniel qui emporte l'adhésion de chacun. De plus, ils sont vraiment très compétents : qu'en serait-il avec d'autres collègues ? En trois semaines, j'ai déjà identifié de nombreuses fêlures qui viennent forcément entacher l'image ultra positive que j'avais de l'école et de l'équipe. J'espère que ces fêlures ne vont pas laisser place à de la désillusion. Je m'enquiers auprès de Kevin d'une tâche à accomplir pour le soulager. Il travaille sur la refondation d'un exercice pour le compte d'une enseignante. Mené sur deux jours, les participants placés en groupe doivent, à partir d'un document décrivant une entreprise (son statut, ses produits, les marchés visés...) mener une véritable étude des investissements à faire, quelle R&D, quels marchés... Cet exercice date de trois ou quatre ans, Kevin et l'enseignante avaient choisi d'imaginer une entreprise de vélos qui souhaite élargir son offre mais il faut pour cette année reprendre tout le descriptif et parler d'une entreprise produisant des drones, du petit modèle ludique au modèle professionnel de transports de marchandises. Je me lance donc dans une recherche sur ces appareils, nous sélectionnons des modèles, je rédige des descriptifs, Kevin s'attelle à l'aspect réglementation (très stricte pour l'usage de ce type d'engins) et nous commençons à élaborer le nouveau document. Je m'aperçois assez vite que je prends trop de temps pour effectuer cette tâche. En fait, d'articles en liens vers des sites dédiés aux drones, je ne me contente pas de faire de la lecture diagonale pour sélectionner une ou deux informations. Je lis les articles en entier, je trouve le sujet très intéressant, entre problématiques de réglementation très/trop stricte et potentiels usages très prometteurs des drones, je me suis engouffrée dans le sujet. C'est là un de mes défauts et j'en suis consciente. Je vais devoir très vite modifier cette habitude car ici, on attend des résultats probants dans des délais très courts, les méthodes de travail sont différentes, elles visent l'efficacité.

Dan m'interrompt dans mes recherches en milieu d'après-midi et me demande de lui accorder quelques minutes pour qu'il me donne la liste des missions auxquelles il a pensé pour moi : enfin ! Comme je le sentais très fatigué depuis quelques jours, je n'osais pas trop formuler cette demande et j'allais chercher auprès de Kevin ou Greg des choses à faire. Dan me tend une feuille A4 contenant une liste en anglais et de nombreux sigles. Aie. Alors qu'il m'explique ce à quoi correspondent chacun des items, je comprends rapidement qu'une très grande partie de ces missions est liée à son travail sur le PLP. Il a besoin que je le décharge de certaines recherches et il souhaite mon avis sur des pistes qu'il a trouvées.

Liste de tâches donnée par Dan :

- faire le bêta-test ARÖPA sur la peer évaluation (évaluations de travaux par les étudiants entre eux), donner mon avis sur les fonctionnalités, interface... et surtout, comparer cette proposition avec le cahier des charges très précis auquel elle doit répondre (élaboré par un professeur de marketing de l'école).

- Faire le test de Self-directed assessment (le SDLRS-A), donner mon avis sur formulation des questions, pertinence... puis trouver s'il existe des options/traductions françaises à ce test américain et des licences à moindre coût.

- tester la version "trial" de brightspace qui va être mise en oeuvre dès avril. Il s'agit d'une mise à jour avec certaines modifications/améliorations. Il faut être en mesure de les comprendre, évaluer les qualités/défauts...

- faire un travail de recherche sur les OER utilisées en France : lesquelles dans le top ten, pourquoi, à quelle fréquence...

- contacter William HURST, directeur de la formation continue d’Audencia Group (ancien chargé de la Business Unit « Programmes sur Mesure » à l'EM puis du projet de filialisation de la formation continue. En 2009, il devient DGA de cette filiale d’Executive Education en charge de sa direction opérationnelle) pour qu'il nous explique plus en détails le système du modèle de compétences mis en place à Nantes.

Jeudi 25

Vendredi 26 : et si l'autonomie des profs bridait l'innovation ?

8H. En dehors de deux collègues à leur poste bien plus loin dans l'open space, je ne rencontre que la femme de ménage. Un mail m'informe que Kevin est en télétravail aujourd'hui pour finaliser l'intégration d'un MOOC au moins, je vais consacrer ma journée à avancer sur la liste de missions données par Dan. Enfin, peut-être pas, car Dan arrive et me demande d'écrire un article pour lui sur le blog de la plateforme Connexion. Des enseignants se plaignent que l'outil de quiz intégré sur le LMS n'est pas simple d'utilisation, Dan veut que je présente la suite logicielle Hot Potatoes, que j'insiste sur les fonctionnalités, les possibles exploitations pédagogiques, son interface car il lui semble que cet outil offre une alternative intéressante. J'apprends aussi que se tient à 10h la réunion PLP, suite du travail enclenché avec IBM. Dan veut que j'y assiste.

Réunion importante de mon point de vue car je touche enfin un point qui me questionne : comment faire en sorte que l'équipe des enseignants adoptent les outils numériques mis à leur disposition ? Faut-il les contraindre ? Wendy considère que les deux plateformes Connexion et Brightspace sont en train d'agoniser car elles sont sous utilisées. Dan nuance largement cet avis, il table sur la durée, arguant qu'il faut une moyenne de 2 ans pour mesurer réellement les modifications, l'adoption ou non des outils. Gilles fustige l'attitude du corps enseignant : on assiste selon lui à une starisation de certains qu'on n'ose pas contrarier, quitte à ce que cette attitude mène à torpiller des projets et des investissements.


Lundi 29

j'arrive à nouveau bien plus tardivement (9h40) après avoir passé 1H30 sur la route, m'être garée, du coup, sur le parking très éloigné puisque plus de place sur celui qui est juste devant l'entrée principale et, dans ma course pour réduire autant que possible mon retard, une gamelle sur les escaliers derrière les bâtiments de l'EM : la matinée commence mal. Chacun est déjà au travail, sauf Dan que je ne croiserai que vers 13h ce jour là, mais lorsque j'ouvre ma boite mail de l'EM, il y a plusieurs envoi de sa part. Je m'interroge : quand a t-il fait tout cela ? Je regarde de plus près les dates et heures d'envoi : samedi, 10H30, 15H22, 18H26 et d'autres dans la soirée, deux mails datant de dimanche à 7H43 : mais il n'arrête donc jamais de travailler ? Greg s'échine à checker ses 500 et quelques mails reçus durant sa semaine de congés, Claudine et Véronique sont studieuses et silencieuses, Alexandra aussi. Je me tourne vers Kevin qui me rappelle que le jeu "shadow manager simulation" se déroule aujourd'hui, dès 11H, devant les employés de chez Orange (formation entreprises vendue par l'EM). Il me propose de l'accompagner, j'accepte.

Shadow Manager Simulation

L'intervenante a du retard, nous n'entrons dans le Learning Lab que vers 11H30. Elle semble surprise de me voir arriver, je m'approche pour lui dire qui je suis et elle m'interrompt en disant à voix haute: "on n'entre pas comme cela, il faut se présenter au groupe". Oui, bien sûr. Je ne saisis pas bien ce qui relève de la posture qu'elle adopte (celle de l'intervenante dévouée à ses participants qui tient à instaurer la notion même de "groupe") ou du professeur décontenancé qui n'apprécie pas les surprises de la sorte. Présentations faites, je m'installe sur l'arrière de la salle et j'écoute Kevin présenter le jeu auquel vont se prêter les participants jusqu'à mardi 17h. "jeu" est à mes yeux un mot mal choisi car je ne perçois pas vraiment la dimension ludique : les participants sont divisés en groupe de 4, ils reçoivent une liasse de documents décrivant une entreprise de vélos électriques (deux modèles déjà et deux autres possibles), son capital... (Entreprise avec capital social de 4 millions d’euros, achat de 5 équipements de type 1, embauche 45 ouvriers, frais de structure, 0 stock.) Kevin fixe les objectif à atteindre : garantir rentabilité et favoriser climat social favorable, secteur très spécialisé et concurrentiel. Bref, chaque groupe va devoir faire des choix stratégiques de positionnement, d'investissement, de R&D..., les soumettre pour validation à chaque fois à Kevin ou Véronique (qui sont à la fois Maison mère, actionnaires, banquier, représentants syndicales, investisseurs, fournisseurs, sous-traitance…) et on vise 5 années de fonctionnement. Une mise au point collective est faite à chaque tour (correspondant à une année de fonctionnement) afin que les choix opérés par les autres groupes viennent relancer la dynamique (chaque entreprise, par ses choix, influe sur les décisions des autres groupes qui doivent affiner les stratégies, s’adapter au style du jeu (casser le marché ou autre) Les groupes disposent d'1h30 pour procéder à leurs choix pour le fonctionnement de la première année, ils sont répartis ans 3 salles différentes. Je reste avec Kevin qui m'annonce qu'il va "lancer le jeu" : c'est-à-dire ? Et bien ce jeu fonctionne selon un algorithme, une sorte de calculette géante, que Kevin remplit au fur et à mesure des choix faits par les groupes (ils doivent remplir de grands tableaux très détaillés listant les sommes allouées pour tel ou tel poste, recherches, salaires, achats...). L'ensemble me paraît d'une complexité vertigineuse. je vois trois noms en bas de page et je reconnais celui de Dan : "il fait parti de ceux qui ont conçu le jeu" m'explique Kevin. Evidemment. Entre 3h et 6h50 du matin j'imagine... Kevin est très à l'aise, il veut que je joue aussi en créant une 4ème équipe concurrente : impossible pour moi de saisir la moindre explication dans la liasse de doc qu'il me tend en me demandant, sourire aux lèvres, de checker en le tout en 10 min pour lui soumettre mes choix. J'ai même droit à une petite explication sur les "Mix" qui viennent compliquer encore les décisions à prendre : je suis perdue.

Après la pause déjeuner, je rejoins Greg pour travailler sur l'outil Crowd Grader. Dan nous a donné pas mal de choses à tester, évaluer... le temps manque. Nous allons dans la cafétéria des étudiants car, comme l'explique Greg avec une certaine ironie, "rien de mieux que de se retrouver au milieu des étudiants pour monter les évaluations qu'ils passeront le soir-même". Il doit en effet basculer sur LaTex le QCM envoyé par un prof et automatiser le tout. Ensuite, nous ouvrons une session d'essai Crowd Grader et tentons de comprendre les fonctionnalités de ce énième outil de peer-evaluation, toujours à la recherche de celui qui remplira toutes les fonctions demandées. Bon, Crowd Grader propose des choses intéressantes mais impossible de mettre la main sur un outil de peer évaluation qui permettent de faire tout ce que Monsieur Revat en attend... je fais un mail résumant notre opinion sur l'outil pour Dan.


Mardi 1er mars

Arrivée tard, décidément je mesure de plus en plus le confort de travail que l'on a lorsqu'on arrive tôt. Bien sûr j'avais prévenu que la distance séparant mon lieu d'habitation de l'EM (plus d'une heure de trajet lorsque le trafic est fluide, ce qui n'arrive jamais sur l'axe Saint Etienne-Lyon) ainsi que l'obligation qui est la mienne de déposer mes trois enfants à 8h20 le matin allaient avoir des répercussions, mais là j'ai la sensation d'être un cheveu sur la soupe, chacun est bien engagé dans ses missions lorsque j'arrive si tard et je ne me sens pas très à l'aise. Du coup je ne prends aucune pause sur la journée et mon déjeuner tient en 20 min afin de tenter de récupérer un peu l'heure et demie perdue le matin. Véronique est d'humeur badine, j'ai beaucoup de travail car mes recherches sur les OER n'ont pas avancé mais je saisis la perche et nous discutons un long moment sur ses études très poussées, sa vie familiale, son fils (avocat pénaliste)...

Portrait de Véronique

Grande, élancée, cheveux courts et blonds, la cinquantaine environ, c'est une femme très élégante dont on perçoit tout de suite l'esprit critique et aiguisé tout autant que les origines privilégiées. Elle s'exprime indifféremment en anglais ou en français même pour se parler à elle-même et fait preuve d'une répartie qui peut être cinglante. Son franc-parler déroute de prime abord, elle n'hésite jamais à dire tout haut quand qqch ne va pas, sans considération pour la forme. Elle jure très souvent notamment, employant un vocabulaire très grossier, ce qui étonne de la part d'une femme aussi distinguée. Pour autant, c'est ce que j'apprécie chez elle, ce mélange d'intelligence fine, de grande culture, de distinction et de vulgarité.

Elle me parle notamment d'un moment difficile de sa vie dont elle s'est sortie par la méditation en pleine conscience (?)et me demande régulièrement mon avis sur les questions abordées. Elle semble écouter réellement mon point de vue, brisant l'image assez froide et cassante qu'elle renvoie parfois. J'accepte sans hésitation son invitation à déjeuner avec elle car je sens qu'il n'est pas si facile de trouver grâce à ses yeux. Je ne veux pas manquer une occasion comme celle-là de me rapprocher d'une professeur relativement influente dans l'école, très au fait des innovations pédagogiques et si compétente. Elle m'impressionne beaucoup. J'aborde le sujet de la valse des directeurs de l'EM ces dernières années et Véronique confirme ce qui m'avait été rapporté : les profs sont très influents à l'EM. Se mettre à dos une partie des enseignants est une très mauvaise stratégie visiblement, il vaut mieux rechercher le consensus.


Reste de l'après-midi : recherches avec Greg sur le PowerPoint Labs add on (demande de Dan). Il s'agit d'un plug-in qui permet d'ajouter des animations sur les Powerpoint, facile à utiliser et potentiellement intéressant pour les profs. Bémol : il ne fonctionne que sous Windows et une grande partie des enseignants est sous Mac. Ensuite, nous allons travailler avec une enseignante en stratégie qui a besoin d'aide pour paramétrer un QCM à 720 étudiants, trouver comment contourner les difficultés de connexion soulevées et exporter-importer des QCM sur la plate forme pour un cours qui sera donné à Casablanca. 2H30 de travail plus tard, tout est fait mais j'ai très rapidement lâché prise tant les paramétrages sont compliqués, surtout pour une novice comme moi.

Mercredi 2

Présentation (par un responsable Grands Comptes et un commercial) de l'entreprise Maskott et surtout de l'outil Tactileo. Créé par un ancien prof de SVT agrégé. But : animer salle de classe du début à la fin. Tactileo est un logiciel développé par Maskot pour l'éducation au départ et à présent ouverture pour les usages professionnels et l'enseignement supérieur.

Il s'agit d'une plateforme unique permettant de créer du contenu (mode SAS), diffuser ce contenu (push) et suivre en temps réel progrès des élèves/étudiants. marche même sans connexion internet grâce à une Tactileo box à batterie qui crée elle-même sa propre 3G.

Deux interfaces, formateur et apprenant. Pensé pour les dispositifs tactiles (d’où le nom) Interface formateur, je vais retrouver les activités que j’ai créées plus dans la bibliothèque, les contenus créés par d‘autres Fait suite à un PIA, phase de R&D finie, maintenant en déploiement. Très fort taux de développement (passe de 5 salariés à 22 actuels et bientôt plus de 50). En passe d'être choisie par l'éducation nationale pour primaire et collège, ils reviennent d'une présentation à Las Vegas pour le CES 2017 visiblement très concluante.

Adaptive Learning en cours de déploiement (justement ce sur quoi travaille Dan, chercher à profiler l'élève en alimentant au fur et à mesure la banque de données sur ce qui fonctionne avec tel élève, ce qui ne fonctionne pas, comment l'aider...) et parcours conditionnel déjà mis en place

6 mises à jour par an environ - coût par licence élève, pas de limite compte enseignant - 1 box incluse pour chaque abonnement plusieurs type de licences - jusqu’a 30 utilisateurs on est à 99 euros par mois - forfait 100 utilisateurs 2200 euros par an - 300 users 4000 euros annuel - 500 users environ 10 000 euros annuel engagement de 12 mois

Bilan : outil très performant et clairement la démonstration qui nous en est faite est convaincante.


Après-midi : réunion Brightspace et connections. Wendy (Directrice du projet de la Transformation Digitale) a planifié la réunion dont voici l'objectif, (copie de son mail d'invitation) : "Dans l’objectif de mieux répondre aux besoins de la faculté, il est important d’instaurer le réflexe de tous de ne pas distinguer les deux outils et leur utilisation. Il nous faut parler plus de la notion de plateforme d’apprentissage et de collaboration, et non pas fonctionner en silo par application. Je vous propose donc de se réunir mardi 2 mars prochain pour faire une session autour de l’utilisation de Connections, et d’échanger autour des pratiques et questions qui sont posés par les utilisateurs. La session sera animé par Alex Kane et Mattieu Cottereau de l’équipe digitale".

Sauf que ! Alex Kane débute la réunion en expliquant que l'équipe Indigo doit à présent prendre en charge les demandes d'enseignants concernant la dimension pédagogique de Connections. Mathieu montre l'exemple de ce qu'il fait pour le cours de Véronique justement. En fait, il ne s'agit pas du tout d'un échange autour des pratiques mais on se fait "refiler" le bébé. Dan arrive un peu après le début de la réunion, il ne voit visiblement aucun inconvénient à ce travail supplémentaire (je ne suis même pas étonnée, je commence à comprendre son fonctionnement : tout mettre en oeuvre pour contenter les profs, ne pas compter les heures, se mettre au service du bon fonctionnement général)

Jeudi 3

Formation Piktochart ce matin, animée par Kevin (qui m'apprend qu'il vient à l'instant de la préparer, étant donné qu'il avait oublié devoir assurer cette formation jusqu'à son arrivée à l'EM ce matin). Les capacités d'adaptation, la rapidité d'exécution de Kevin sont assez impressionnantes. Et le tout sans stress aucun, il ne quitte jamais sa flegme qui peut parfois être prise pour une sorte d'arrogance de jeune homme brillant aux dents longues. Voilà une compétence qui me fascine.


réunion Turnitin ensuite au Learning Huh, en présence de la commerciale, de Marie (ingénieur Learning Hub), Dan et moi : Urkund et Turnitin sont mis en compétition par l'EM. Objectif, chercher l'outil qui fonctionne le mieux pour la détection des plagiats. si l'outil peut faire de la peer évaluation en plus, c'est mieux. Il faut aussi qu'on trouve la possibilité de déposer un doc en plusieurs langues, pas seulement anglais et français, et ce indépendamment de l'endroit où se trouve l'étudiant (du fait du campus à Shangai notamment). Turnitin vient de remporter le marché public pour l'Inde. La commerciale, d'origine asiatique, ne parle pas un français toujours très juste. Elle propose de tutoyer Marie à qui elle s'adresse en premier (pour lui faciliter la tâche car le vouvoiement est difficile pour elle on le sent tout de suite) mais Marie la recadre sans appel : "Non, le vous ce sera très bien". Silence. Dan, fidèle à ses habitudes, prend le relais pour arrondir les angles de ce début de réunion. La commerciale laisse souvent des blancs s'installer, me cherchant ostensiblement du regard. Elle me met mal à l'aise, je ne saisis pas ce qu'elle attend de moi, je n'ai rien à dire de plus que Marie et Dan, j'écoute son exposé et attend de voir si elle parvient à me convaincre. Voilà ce que j'avais pu recueillir comme infos sur cet outil : La base de données de recherche de Turnitin est constituée de documents d’étudiants + recherche de plagiat sur Internet + sur de nombreuses autres bases françaises de presse (périodiques), de contenu juridiques, scientifiques et d'ingénierie disponibles. Avantages : - recherche de plagiat très complète Un des mieux noté dans les comparatifs anglophones déjà effectués - téléchargement de fichiers multiples par fichier zip - Possibilité d’ajout de filtre dans l’analyse (citations, bibliography) - Produit complet Inconvénients : - Coût - Ergonomie pas toujours simple

Urkund inclus dans leurs sources de nombreuses bases payantes (Proquest, LexisNexis, DIVA pour les internationales et bien d'autre bases Françaises de presse (périodiques), de contenus juridiques, scientifiques, d'ingénierie (Alternatives Economies, Les techniques de l’Ingénieur, Business Source/EBSCO) + Internet public + travaux étudiants stockés dans la base Avantages : - Base de données importante - Utilisation illimitée du système - Assistance par e-mail gratuite les jours ouvrables, entre 09h00 et 17h00 - Communauté universitaire importante : Paris X, Nîmes, Montpellier I, ... - Guide d'utilisation du système automatisé - historique des documents soumis Inconvénients : - Prix conséquent - Résultats décevants et manque d’efficacité


La commerciale nous présente l'état actuel des avancées de Turnitin qui veut lancer l'idée du feedback automatique : révision assistant. Cette amélioration permettrait aux étudiants, en cours d'élaboration du document, d'obtenir automatiquement des feedbacks dès que l'outil perçoit un changement de style, une construction incorrecte... En fait, l'objectif de Turnitin est de s'éloigner de la simple idée du contrôle de plagiat, ils veulent axer leurs recherches sur l'aide à apporter aux étudiants lorsqu'ils rédigent leurs travaux. Cela plaît à Dan visiblement.

Réunion PLP l'après-midi : Dan, Pauline et son chef de chez IBM, moi ça réfléchit sec, le cerveau chauffe... Où en sommes-nous ? Je suis perdue, énormément de références à des méthodes, outils, "analytics" en anglais auxquels je ne comprends rien. Il faut d'abord, selon Dan, être en mesure de sélectionner du contenu avec intelligence, proposer ce contenu de façon personnalisé et éviter de faire un chemin balisé. Il faut laisser l'étudiant choisir lui-même le parcours d'apprentissage, ne pas faire en sorte que le parcours soit prédéfini par une entité académique ou des enseignants. Tout le questionnement de cette réunion repose sur deux points : projection d'un modèle de profilage intelligent mis en place aux Etats-Unis dans certaines écoles (comment ça marche, on alimente quoi avec quelles infos, collectées où ?....) et réflexion sur ce que IBM peut produire pour fin mars, juin puis septembre afin de le montrer aux décideurs de l'EM.

Remarques en vrac : J'entends Véronique discuter avec son nouveau directeur d'UPR sur les recherches qu'elle a menées durant son congé de recherches. Elle explique les différentes méthodes d'e-learning et de blended learning mais surtout ses conclusions après les avoir mises en place depuis septembre. J'ouvre les écoutilles car le sujet m'intéresse au plus haut point. Selon elle : - ces nouvelles méthodes d'apprentissage ne plaisent pas trop aux parents d'élèves qui ont l'impression que leurs enfants passent tout leur temps devant un ordo, moins en présentiel avec un prof et donc : pourquoi paient-ils si cher ??? - ces méthodes ne conviennent pas à tous les élèves car certains ne sont pas assez mûrs ou motivés pour faire le travail demandé en distanciel et d'autres ont vraiment besoin de passer par du présentiel pour activer les apprentissages - Il y a donc toujours une partie des élèves qui restent mécontents. - son cours, qu'elle a donc entièrement adapté, est à ce jour fait par les étudiants, elle se contente de distribuer les travaux à faire, le parcours, les équipes... et pour bcp, c'est vraiment efficace de devenir acteur du cours et plus juste auditeur.

Claudine : "j'ai entendu dire qu'il y a des stagiaires ici qui n'ont rien à faire" et donc elle s'interroge sur ce que j'ai à faire dans l'équipe, si je suis contente de mon stage : cette question anodine démontre clairement que mes missions ne sont claires pour personne, moi la première. J'imagine donc que pour elle je ne suis pas identifiée comme "active" mais comme qqun qui vient faire des recherches ou filer un coup de main ponctuel sur des sujets précis. Bon, mon statut officiel est clair mais pas du tout mon rôle.

Vendredi 4

Remarques en vrac

Dan demande à l'équipe un moment pour "faire le point" de la semaine écoulée et de la semaine à venir. Chacun doit aussi donner son point de vue sur les améliorations à apporter sur les sujets traités. on commence avec Kevin, historique de ce qu'il a fait durant la semaine. Feedback de dan sur la façon dont Kevin a géré une réunion difficile avec les MBA, audience difficile, remontée, et Kevin aurait manqué de tact dans ses réponses, les Exec se seraient plaint. Kevin part au quart de tour, il se sent agressé par la remarque de Dan car il considère que ce n'est pas à lui de faire le job. Estelle devrait assurer ce genre de réunion selon lui, son manque de professionnalisme à elle l'a placé lui dans une situation délicate : "on" (j'ignore de qui il parle) aurait promis tout un tas de fonctionnalités sur la plateforme aux Exec et finalement, il y a de nombreux couacs, c'est une réalité. Les exec ont raison de se plaindre pour Kevin, il a reconnu n'avoir pas eu grand chose à dire pour défendre l'EM sur ce point et sans doute a-t-il fait sentir, dans ses réponses, qu'il n'avait pas de solution à proposer. Les vulgarités fusent, Kevin est vraiment très en colère de se prendre une chasse deux semaines plus tard, à cause de "on dit", personne n'étant venu le trouver depuis pour lui dire clairement ce qui n'avait pas été. Léger malaise au sein de l'équipe, Greg, Claudine et moi restons muets et attendons que le tempête se calme. Dan cherche à apaiser le conflit "don't worry, je cherche à comprendre comment on peut mieux faire pour la suite" Il se propose de faire lui-même ce genre de réunion tendue la prochaine fois pour clamer les possibles problèmes, il a plus d'expérience, a dirigé les MBA durant 3 ans, est respecté, et comme ça Kevin ne va pas au front. Là encore, je suis témoin de la bienveillance à toute épreuve de Dan qui calme le jeu, essaie de bien faire comprendre à tous qu'il cherche la transparence afin d'aider chaque membre de l'équipe. Voyant que Kevin ne redescend pas, Dan lui annonce qu'il lui offrira à midi un cocktail, "avec un petit parasol coloré", lui répétant qu'il a bien compris la situation.

Claudine, Greg font à leur tour le point sur leurs activités. Dan, qui je l'imagine ne veut pas mettre mal à l'aise, me demande si j'ai "quelque chose à partager" avec l'équipe. je trouve la formule joliment tournée pour m'éviter d'avoir à lister ce que j'ai fait ou pas. J'en profite pour dire à tous combien je suis satisfaite de l'accueil qui m'a été fait et de la chance que j'ai d'être ici.

Dan instaure cette réunion comme hebdomadaire, les mardis matins.

Les préconisations de Kevin pour amélioration des usages sur Brightspace - que chaque cours soit remplis amont par les profs - simplifier à mort le LMS, réduire les onglets, ici trop compliqué, on se perd dans les possibilités (je suis à 100% d'accord avec lui)

nouvelles missions qui seront les miennes pour la semaine à venir : - proposer une nouveau design de l'interface Brightspace, plus simple, intuitif, correspondant aux usages réels et mettre en avant une aide plus efficace : un calque qui s'ouvre pour chaque onglet lors des premières utilisations; - Aller sur Brightspace et ouvrir l'onglet Open courses pour me mettre dans la peau d'un étudiant qui découvre le LMS - faire une synthèse des différentes balises les plus utilisées en langage LaTex et AMC (Auto Multiple Choice)


Remarques de Kevin sur les affichages à côté du learning lab qui selon lui, sont très mal faites car elles pourraient laisser croire que l'école ne faisait jusqu'ici pas de design thinking, pas d'innovation ou de co-working... Cela ne montre pas que les investissements matériels s'inscrivent dans une volonté déjà présente depuis longtemps de rester à la pointe de l'innovation. Manque de respect pour les employés. "on investit tout sur les outils, rien sur l'humain" me dit Greg pour qui à l'EM il n'y a pas vraiment de culture d'entreprise alors que c'est ce qu'il faudrait faire. D'ailleurs, Greg finit par m'avouer que le fonctionnement de Dan et de Thierry Picq lui pèse parfois lorsqu'ils parlent outils avant tout (on va acheter des tablettes, mais des pas chères) et lorsqu'on prend des stagiaires au lieu d'embaucher une pointure dans un domaine précis alors qu'on souhaite avoir une équipe de grande qualité. "Je ne dis pas cela pour toi" m'assure-t-il. Ah bon ? Parce que clairement, c'est exactement ma situation, non ?

Instaurer l'esprit d'équipe :

Qui veut manger à l'extérieur aujourd'hui ? lance Dan ce matin. Silence, regards croisés, pas de réponse. Dan se tourne vers Claudine puis moi, pourquoi pas. Greg se laisse convaincre aussi au lieu d'aller courir, tout comme Kevin. Réservation faite dans ces chinois proposant des buffets à volonté. Moment agréable, on ne parle pas travail, on parle alimentation des uns et des autres (Greg est végétarien depuis 3 ans, Dan n'a pas droit à certains aliments à cause de sa goutte...), courses prévues le weekend... Kevin a eu droit à son cocktail et l'humeur est détendue. Nous étions d'accord pour payer chacun notre part (deal de départ) mais Dan refuse finalement, il paie la totalité du repas. Visiblement, ce genre de déjeuner n'avec (presque) toute l'équipe n'était encore jamais arrivé.

Après-midi : j'ai réussi à obtenir un rdv au Learning Hub avec Emilie Rousseau, l'une des responsables, pour évoquer les OER et voir avec elle ce qui pourrait m'aider à opérer un tri, un classement. Dan ne lâche pas le morceau sur ce point, c'est fondamental pour lui. Je la retrouve à 15h dans son bureau. Elle s'excuse par avance, n'aura finalement pas de temps me consacrer, nous allons devoir fixer un autre rendez-vous. Je la sens agacée et je comprends au fur et à mesure qu'elle me l'explique qu'elle n'est pas du tout d'accord avec Dan pour cette histoire de PLP et d'OER à mettre en avant. Le PLP d'accord, mais les OER ??? Pourquoi faire du push pour des ressources en Open Access alors qu'à l'EM, au Learning Hub, les étudiants ont accès à une sélection de plates-formes de très grandes qualités dont l'EM paie les abonnements au prix fort, et qui permettent d'obtenir les réponses à leurs questions précises. Elle trouve la lubie de Dan sans intérêt, une perte de temps et d'énergie, les OER sont à destination des pays en voie de dévpt, pas des étudiants d'une école payante et de haut niveau comme l'EM. Apparemment, elle a tenté plusieurs fois de faire passer le message à Dan qui selon elle, "n'écoute pas" et n'en fait qu'à sa tête. Je sens que je ne vais pas réussir à obtenir d'elle la moindre aide, elle m'annonce d'ailleurs que "si c'est le sujet de votre stage, il va falloir en changer". Terrain miné. Certains de ses arguments sont pertinents, je lui fais sentir que je comprends que sa position à elle est délicate, elle doit justifier des investissements qui sont faits au Learning Hub et ce n'est pas en mettant l'accent sur les OER qu'elle va pouvoir le faire. Je reviens auprès de Dan, lui explique en souriant que ce rdv était un piège et que j'ai eu la sensation d'être attendue avec un pistolet chargé. Il semble surpris, je lui explique la teneur de mon quart d'heure avec Emilie et essaie de prendre un peu sa défense. Dan comprend mais trouve sa réaction rétrograde, les OER, c'est l'avenir, point barre. Je retourne mi-mars dans le bureau d'Emilie pour un ddv de 2H, c'est pas gagné...


Lundi 7 mars

J'arrive juste à temps, Kevin part justement pour une réunion où se trouvent déjà Greg et Dan. Je peux venir ? Oui, ramène toi ! Nous filons dans le learning lab, waow, il y a beaucoup de monde, je ne m'attendais pas à cela du tout. Mais c'est quoi au fait cette réunion ? Kevin s'est éclipsé, j'aperçois Dan affairé devant les écrans géants, visiblement il va présenter quelque chose, et Greg déjà assis. Les tables ont été installées en U, je compte une trentaine de personnes présentes environ. Je me glisse auprès de Greg et lui demande l'objet de cette réunion : faire le point sur SBS. Aïe, cela ne m'éclaire pas davantage, toujours leurs sigles, je n'en ai pas encore fait le tour...Wendy dirige la réunion, à sa façon, très extravertie, rythme survolté et humour parfois limite. Je ne suis pas très à l'aise avec ce type de management à l'américaine (elle est hollandaise et a une grande expérience en pays anglos saxons) Résumé de la réunion : il est question de faire le tour des 13 différents chantiers en cours, tous liés à la pratique numérique, les données, l'individualize learning. De grandes colonnes sont dessinées sur les murs laqués blancs, des blocs notes de couleurs devant nous : objectif = en une phrase, un verbe, caractériser en 10 min pour chacun des 13 projets son "quoi" ? et son "pourquoi" ? Chose faite, on colle nos post it dans les bonnes colonnes et ensuite les chefs de projets viennent collecter les infos, rectifier ce qui est vrai, ce qui est incomplet ou faux et résumer leur chantier en 2 min. J'en apprends pas mal sur tout ce qui se trame de concert à l'EM. Tout cela converge sur le PLP, le projet porté par Dan et IBM sur lequel j'ai déjà aussi un peu travaillé. Présentation de Dan (et Pauline), remarquable de clarté. Les slides sont éclairants, les explications pertinentes, l'assemblée est silencieuse. Il s'agit donc bien là d'un très important programme, unique encore dans ce type de grandes écoles, l'EM veut jouer l'innovation, miser sur les compétence, l'employabilité et l'individualisation des parcours/des apprentissages au maximum. Il est enfin demandé à tous de réfléchir à la façon dont leur chantier peuvent permettre d'alimenter la "learning machine" qui va collecter toutes les données possibles sur chaque étudiant pour lui proposer un dashboard totalement personnalisé. Je suis bluffée de voir à quoi correspondent les différentes session de travail auxquelles j'ai participé sur ce sujet. Le travail en amont aussi bien qu'à venir est colossal mais très intéressant. Greg, qui était venu pour une réunion de "travail" est relativement déçu. Il conclut la matinée en me disant "finalement, c'est surtout à toi que cette réunion a dû servir le plus". C'est sûr, vu sous cet angle...

Je passe l'après midi à commencer mon doc de synthèse sur LaTex et AMC, je n'aurais jamais cru être identifiée comme un personnel ressource sur ce type de connaissances, je n'y connais encore pas grand chose mais je m'aperçois que ces balises et ce domaine ne sont pas dénués d'intérêt.

Mardi 8 mars

Journée internationale des droits des femmes, à quelle sauce va-t-on me cuisine aujourd'hui ? :-) (re)formation sur AMC (Print and Scan) et langage Latex. Elle est à destination en priorité de Claudine et d'Alexandra mais je la suis aussi pour prendre des notes. La dernière fois, le combo visioconf/exercice d'application en même temps/prise de notes n'avait pas été efficace, impossible pour moi de garder une trace cohérente de toutes les étapes indispensables. Je vois Claudine et Alex sortir leur cahier de notes, je leur propose de le faire pour nous trois, en direct, sur l'ordi, comme ça elles peuvent mieux se concentrer sur la démonstration de Greg. Nous passons 2H à travailler sur un QCM test, les étapes sont nombreuses et ce n'est pas simple pour qui ne connaît pas. Pour autant, et cela m'étonne moi-même, j'aime bien ce genre de travaux. C'est rigoureux. Repas tous ensemble avec Véro et Alex en plus, c'est la première fois depuis mon arrivée. Ambiance très détendue, il faut dire qu'Estelle n'est pas là depuis plus d'une semaine (arrêt) et on perçoit tout de suite la différence. D'ailleurs, Véronique me confie à la pause déjeuner que mon statut "d'extérieure" pourrait permettre de faire passer un message à Dan au sujet d'Estelle justement. Je vais voir. Dan en a oublié son atelier "Gradebooks" du mardi midi trente, il s'en rend compte à 13h et je l'entends pester "je veux trop bien faire, parfois". Oui, je crois que c'est le moins que l'on puisse dire. Il a passé sa visite médical ce matin, comme Greg. A la question : "sur une échelle de 1 à 10, colombien attriburiez-vous à votre niveau de stress au travail ? Dan a répondu "ah oui, je me sens stressé quand même, je dirais.. 3 ? " toute l'équipe en plaisante mais le pire c'est qu'il est sérieux. Claudine dit à voix haute ce que tout le monde doit penser tout bas : "Dan, tu en fais trop, tu es trop gentil, attention à toi". Pour plaisanter, Greg nous explique qu'à la même question, il a répondu "ben 13 !" Je ne trouve pas que le niveau de stress soit exceptionnellement élevé dans cette équipe mais j'entends dire que certains craquent ici à cause des pressions de toutes part.

Je finalise mon document de synthèse de la formation du matin pour le faire passer à Claudine et Alex. Kevin nous a envoyé, à Greg et moi, une annonce sur LinkedIn pour intégrer l'équipe de Maskott. Sans compter ses contacts perso et les liens vers des annonces qu'il reçoit, j'ai du mal à comprendre pourquoi il est encore à l'EM. J'ai la sensation qu'il veut partir mais il se trouve souvent des excuses (éloignement géographique, mauvais moment...) pour postuler clairement. Son profil correspond à des nombreux intitulés de postes mieux payés et plus motivants ailleurs. Il me montre un échange de mails datant du matin même dans lequel une connaissance sportive l'invite à un entretien le soir-même pour intégrer une entreprise en plein essor basée à la Tour du Pin. Je suis enthousiaste pour lui, c'est un jeune homme vif et intéressant.

Mercredi 9 mars

Ce matin, recherches sur le social learning network dans les entreprises. Dan veut que l'on trouve un moyen de créer une sorte de communauté, de réseau social interne à l'école qui permette de mutualiser des données, des docs, des infos sur des cours ou autre. Le plus ouvert possible, cette communauté pourrait récompenser, valoriser tout au moins les étudiants qui déposeraient le plus de ressources ou seraient les plus actifs (avec un système de badge de validation visible sur LinkedIn par exemple). Du coup, je dois chercher quelles entreprises ont déjà mis en place ce genre de pratiques, comment elles parviennent à motiver la participation de chacun, ce fonctionnement de badge... D'articles en sites je tombe sur un doc qui me parait pertinent, je l'envoie à Dan et là, effet boule de neige : il lit l'article en anglais, achète l'e-book dont il est tiré, me l'imprime en PDF (178 pages recto verso en anglais, omg) et se lance dans un email à Thierry Picq, le directeur innovation, pour lui dire que nous devons lancer une expérimentation sur les réseaux sociaux d'entreprises, le système de validation par badge des compétences transversales mises en oeuvre au travers de telles pratiques... et que "This would be a nice study for Audrey to look into and help implement". Ah bon ? je crois que je viens de me faire refiler le sujet, carrément vaste, pour études et analyses... Le reste de la journée est donc consacré à ces recherches, je trouve beaucoup trop de choses, il va falloir faire du tri.

Bribes de conversation : "les pires personnes pour mettre en place un processus de digitalisation sont les IT" Alex me dit que le souci ces derniers temps c'est que les gens ne comprennent pas quel est l'environnement à présent. Qui fait quoi, tout est devenu flou depuis ce processus de digitalisation. Pour Véro, il faut faire un point d'évaluation, fixer clairement ce qui va être fait l'an prochain, identifier les personnels ressources. Cette digitalisation est une "horreur" selon ses propres mots (et pourtant, elle a vraiment travaillé sur le sujet...) Faire du tête-tête avec les profs pour qu'ils aient un gradebooks, mettent leurs cours sur Brightspace...voilà ce qui devrait être l'objectif pour la rentrée. Thierry Picq passe dans l'après-midi et Véro lui soumet l'idée d'une approche par campagne : gradebook et dropbox seraient l'objectif de la prochaine campagne. Il donne son "go"

Alex me dit comprendre son périmètre d'activités mais pas son environnement. Quand on y réfléchit, c'est déroutant.


Dan nous parle de Kinnect 2 pour animer cours ou formation.


Petit guide de survie en espace digital hostile

LOR : grosse banque de données contenant pleins de ressources, permet de stocker et manager les données, possibilités de créer un lien dynamique pour qu'à chaque modification sur un doc source, cela modifie les docs en rapport qui lui sont reliés.

Crossknowledge permet d'avoir des ressources externes, des ebooks ou des tuto sur pleins de choses.

Pearson : c'est un éditeur de mémoires qui met des ressources à disposition

SBS : Smarter Business School